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La banquise arctique établit son second minimum annuel le plus bas jamais observé

Image d'illustration. Crédits : NASA Goddard Space Flight Center.

Au terme d’une saison estivale hors normes à de nombreux égards pour le domaine arctique, la valeur du minimum annuel de banquise est tombée à un niveau proche des records. Plus précisément, elle se place en seconde position des plus faibles depuis le début des enregistrements.

Chaque année, la glace de mer arctique passe d’un maximum d’extension en sortie d’hiver à un minimum d’extension en sortie d’été. Sur la période 1981-2010, elle passait ainsi d’environ 15 millions de km² en mars à 6 millions de km² en septembre. Cette fluctuation saisonnière naturelle mobilise ainsi près de 9 millions de km². Toutefois, avec le réchauffement climatique, ces pics et creux annuels se produisent chacun à des niveaux de plus en plus bas.

Minimum annuel : une seconde place pour 2020

Plusieurs indicateurs laissaient craindre un recul majeur de la banquise arctique au cours de cet été 2020. Et les soupçons se sont largement confirmés. En effet, le minimum d’extension relevé le 15 septembre se chiffre à seulement 3,74 millions de km². Une valeur qui le place en seconde position des plus bas depuis le début des observations satellitaires en 1979. Seule l’année 2012 fait pire avec une extension record de 3,39 millions de km². En outre, il faut noter que c’est seulement la deuxième fois que l’extension chute sous les 4 millions de km².

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Répartition spatiale de la glace de mer au 15 septembre (date du minimum). La moyenne 1981-2010 est indiquée par la ligne orange. Crédits : NSIDC.

Ce recul majeur est lié à un contexte météorologique très défavorable, mais se place dans une tendance climatique très nette à la diminution de la banquise boréale. Or, lorsque la glace se retire, elle met à jour des surfaces océaniques plus sombres – lesquelles absorbent efficacement le rayonnement solaire. Ainsi, une plus grande quantité de chaleur est stockée au niveau du bassin, ce qui accélère encore plus le réchauffement et le recul des glaces. À ce titre, la température au-delà du 80 °N a pris un retard notable pour repasser sous le 0 °C. Un cercle vicieux qui n’est d’ailleurs pas le seul en action dans la région. Incidemment, cette sensibilité élevée aux variations climatiques fait qu’on considère parfois l’Arctique comme jouant un rôle analogue au canari dans la mine de charbon.

Extension de banquise (en millions de km²) entre juillet et novembre, de 1979 à nos jours. Notez 2020 en bleu et située juste au-dessus du record bas de 2012 (en pointillés rouges). Crédits : NSIDC.

Arctique : un nouvel océan sur le toit du monde

Cependant, les données d’extension ne doivent pas faire oublier que la banquise diminue également en épaisseur. En effet, depuis 1980, celle-ci a été réduite de moitié. Ainsi, c’est près des deux tiers du volume de glace de mer qui a été perdu sur la période. Le point étant qu’une glace plus fine est plus fragile et plus mobile. Autrement dit, moins apte à résister à toute condition météorologique ou climatique défavorable. « Ce que nous voyons ici dans l’Arctique, c’est en fait l’ouverture d’un nouvel océan sur le toit du monde, ce qui signifie que nous devons protéger la région », souligne Laura Meller, responsable de la campagne de Greenpeace pour les océans (Greenpeace Nordic).

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