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Jusqu’où ira notre empathie pour les robots ?

Capture vidéo Youtube Boston Dynamics

Un Youtubeur américain a élaboré puis diffusé une vidéo parodie de la SPA locale en ayant mis bout à bout des scènes où des robots se faisaient maltraiter. La blague a engendré un phénomène assez curieux : bon nombres de commentaires montraient de l’empathie pour ces robots.

La vidéo en question est l’œuvre de Greg Killian, un Youtubeur qui se dit « fan de photo, de musique, de voyage et de vidéos » sur sa chaine qui compte environ 350 abonnés. Cette vidéo est une parodie de la SPA américaine (ASPCA), reprenant le même ton sensibilisateur et montrant des robots se faire maltraiter à la place des animaux.

Le 25 février 2016, Greg Killian publie sa parodie, elle compte aujourd’hui plus de 700.000 vues. Celle-ci amène à se poser des questions dans la mesure où certains commentaires ont fait preuve d’empathie envers les robots, comme ceux-ci :

« Okay, est-ce que je suis la seule qui se sent vraiment mal pour ces robots? »

« En fait, ça me fait vraiment de la peine de voir ça »

« C’est vraiment gênant, sérieusement »

Jusqu’où peut aller l’empathie d’un humain envers un robot, alors que ce dernier ne ressent aucune douleur ? Il est vrai que la vidéo, rondement élaborée, tirerait presque les larmes aux yeux si l’on oubliait qu’il s’agit de robots. Ceci rejoint d’ailleurs une étude japonaise publiée dans la revue Scientific Reports en novembre 2015, dont le but était d’apporter « de nouvelles preuves neurophysiologiques que les humains peuvent éprouver des réactions empathiques à l’égard des robots humanoïdes ». Cependant, réalisée sur un groupe faible en effectif, l’étude pouvait être considérée seulement comme une ébauche de réflexion.

D’autres chercheurs, tels que ceux de la célèbre Kate Darling du Massachusetts Institute of Technology (MIT) avait obtenu, avec son équipe en avril 2015, des résultats préliminaires encourageants dans le cadre d’une étude à venir, publiés dans le Social Science Research Network (SSRN). Selon Kate Darling, « une apparence anthropomorphique peut influencer la façon dont on envisage les robots, transformer le comportement humain et même avoir un impact sur les politiques publiques ». Ainsi, c’est un fait prouvé plusieurs fois : des humains éprouvent de l’empathie pour les robots et cela pourrait changer la face de notre société.

Il y a vraiment de quoi se poser des questions lorsque l’on s’intéresse à une ancienne théorie scientifique des années 1970, émanant du roboticien japonais Masahiro Mori : la vallée dérangeante. Celle-ci stipule que plus un robot androïde est similaire à un être humain, plus ses imperfections paraissent horribles à nos yeux. Cependant, passé un certain degré de « perfection », l’homme peut accepter le robot d’une bien meilleure façon, comme on le voit aujourd’hui au Japon.

Schéma de la théorie de la vallée dérangeante de Masahiro Mori

Le roboticien nippon estimait également que face à un robot clairement identifié comme artificiel (tel qu’un robot industriel par exemple), l’Homme se sentirait tout de même plus à l’aise que face à un androïde, que l’on aurait doté d’un visage, d’yeux, d’une peau ou encore de vêtements, puis adoptant un comportement se rapprochant du notre. Masahiro Mori pensait que chaque progrès tendant vers un anthropomorphisme des robots allait amener plus de rejet dans un premier temps, avant de finalement aboutir vers une acceptation plus grande.

Cependant, les réactions à la vidéo de Greg Killian sont troublantes, car les robots qui y sont montrés ne sont même pas des androïdes. En effet, ils n’ont pas une apparence humaine « très poussée », bien que leur comportement soit parfois assimilable au nôtre : se relever après une chute, adapter son équilibre face à un choc ou un obstacle, soulever des charges et les ranger, etc. D’ailleurs, certains d’entre eux ont plutôt des airs d’animaux quatre pattes.

Voici la vidéo du Youtubeur Greg Killian :

Sources : Slate – HuffingtonPostNumerama