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Jane Goodall : pour une meilleure compréhension des rapports entre les hommes et les animaux

Crédits : Mark Schierbecker / Wikipedia

Jane Goodall, éthologue et anthropologue britannique, est la première personne au monde à avoir observé et rapporté l’utilisation d’outils pour s’alimenter par les chimpanzés. Ayant permis de nombreuses découvertes, ses travaux ont permis de changer radicalement la compréhension des rapports entre les humains et les animaux.

Un rêve inébranlable

Née à Londres le 3 avril 1934 d’un père ingénieur et d’une mère auteure, Valerie Jane Morris-Goodall est tombée très tôt amoureuse de la vie sauvage. Durant son enfance, elle préférait passer du temps dans la nature ou dans son jardin plutôt que de jouer avec les enfants de son âge. Un jour, son père lui ramène un jouet à l’effigie d’un chimpanzé ayant vu le jour au zoo de Londres. Cet acte fut déterminant dans le déroulement de la vie de Jane Goodall. À l’adolescence, la jeune Jane affirmait déjà rêver d’écrire et de vivre près des animaux en Afrique. Ses parents n’ayant pas les moyens de lui payer des études poussées, Jane passera un diplôme de secrétaire avant d’enchaîner les jobs.

En 1957, à l’âge de 23 ans, Jane s’envole finalement pour l’Afrique, plus précisément au Kenya où réside une amie. Là-bas, elle fera la rencontre du Dr Louis S. B. Leakey, anthropologue et paléontologue de renom. Les connaissances de la jeune femme surprennent le chercheur à tel point que ce dernier désire la garder près de lui. En effet, il lui a proposé de devenir son assistante et de l’accompagner dans les gorges d’Olduvai en Tanzanie, dans le cadre de fouilles archéologiques.

Une approche inédite très critiquée

Après l’étude de fossiles, Jane Goodall et le Dr Leakey travaillent ensemble sur les chimpanzés sauvages vivant à proximité du lac Tanganyika. Le chercheur propose alors à la jeune femme de mener une longue étude de terrain. Il était convaincu que les animaux pouvaient être à l’origine de nouvelles découvertes et que Jane avait toutes les qualités requises pour vivre un long isolement. À l’époque, la Tanzanie était encore une colonie britannique et les autorités ont difficilement accepté de laisser Jane vivre seule parmi les chimpanzés. Il a fallu que sa mère promette de l’accompagner durant les trois premiers mois du projet pour que l’État britannique change enfin d’avis.

À partir de 1960, Jane entame ce qui sera la plus longue étude de terrain des animaux sauvages dans leur environnement naturel. Elle mit alors très longtemps à gagner la confiance des chimpanzés de la réserve naturelle. Avec une immense patience, elle parvint toutefois à se rapprocher d’eux progressivement. Au tout début, elle pouvait s’approcher à environ 500 m de distance seulement ! Un plus tard, cette distance tomba à 30 m, puis le contact physique se fit après une année supplémentaire. Afin d’obtenir et garder la confiance des chimpanzés, Jane avait mis en place une sorte de rituel. Tous les matins, elle rendait visite très tôt aux primates afin de donner une banane à chacun d’entre eux.

Très critiquée par les autres scientifiques, Jane Goodall est en réalité une véritable pionnière. En témoigne sa manière peu conventionnelle de mener à bien son étude. Par exemple, elle avait donné des prénoms à chaque membre du groupe. La raison ? La chercheuse avait compris que chaque chimpanzé avait sa propre personnalité ainsi qu’une conscience. Or, cette idée était à l’époque massivement rejetée par ses pairs, préférant donner des numéros aux primates.

Des découvertes très importantes

Les découvertes de Jane Goodall furent nombreuses. Après s’être intégrée au groupe de chimpanzés, elle a passé de plus en plus de temps avec eux. Elle pouvait rester plusieurs heures dans les arbres en leur compagnie et imitait leurs comportements. Par exemple, Jane mangeait la même nourriture que les primates. C’est ainsi qu’elle fut capable d’observer des choses encore inconnues du monde scientifique. Citons la méthode d’extraction des termites utilisée par les chimpanzés. Ceux-ci avaient recours à la branche la plus fine et la plus solide d’un arbre après en avoir retiré les feuilles. Cette fabrication d’outils fut une découverte majeure à une époque où l’humain pensait être le seul être vivant capable de ce genre de prouesse. Par le biais de cette observation, Jane Goodall a été à l’origine d’une nouvelle pensée : les chimpanzés sont les “cousins” des humains.

Cela ne fut toutefois pas sa seule découverte. C’est en effet grâce à elle que l’on sait que les chimpanzés sont omnivores et non végétariens, que leurs liens familiaux sont très forts et durent toute la vie ou encore qu’ils utilisent un langage primitif composé d’une vingtaine de sons. Le parallèle avec les humains est flagrant à tous les niveaux. Ces primates sont également capables du meilleur comme du pire. En effet, la chercheuse a assisté à une véritable guerre de clan. Or, celle-ci s’est achevée à la mort du dernier représentant d’un des deux clans.

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Crédits : Jane Goodall Institute France

Une reconnaissance bien méritée

Abondamment critiquée avant toutes ses découvertes, Jane Goodall obtint un doctorat en éthologie à l’Université de Cambridge en 1965. À partir de 1963, le célèbre magazine National Geographic soutenait déjà ses recherches. Aujourd’hui, il existe pas moins de 165 000 d’heures de film ainsi que de nombreux articles de presse et de photographies. En 1977, elle fonde le Jane Goodall Institute (JGI). Cette organisation mondiale de protection de la vie sauvage et de l’environnement possède aujourd’hui des bureaux dans plus de 25 pays.

N’ayant jamais vraiment stoppé ses recherches avant les années 1990, l’éthologue fait une de ses dernières découvertes en 1986. L’intéressée se rend compte que les chimpanzés présentent des différences de comportement en fonction de leur localisation géographique. Elle ne trouvera aucune explication relevant de la génétique ou de l’environnement. Ceci la poussera à évoquer la notion de “variantes culturelles” que d’autres scientifiques reprendront par la suite.

Aujourd’hui, Jane Goodall passe la majeure partie de son temps à alerter l’opinion publique à propos des dangers futurs qui guettent les hommes et la planète. À la tête de l’organisme de bienfaisance britannique Population Matters, elle est aussi membre du Club de Budapest, une association internationale informelle. Le but de cette association est d’imaginer une nouvelle éthique et un courant de pensée inédit visant à trouver des solutions aux problèmes sociaux, politiques, économiques et écologiques du XXIe siècle.