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L’inlandsis de l’Antarctique de l’Est, ce géant endormi sur le point de se réveiller

Crédits : NASA/Goddard Space Flight Center Scientific Visualization Studio.

Longtemps considérée comme peu vulnérable au réchauffement du climat, la calotte glaciaire de l’Antarctique de l’Est inquiète de plus en plus les scientifiques. En effet, si pour l’heure les pertes et les gains de masse sont à peu près équilibrés, les choses pourraient finir par basculer. En témoigne une étude de synthèse parue dans la revue Nature le 10 août dernier.

Nous savons que la calotte glaciaire de l’Antarctique de l’Ouest est particulièrement sensible aux variations du climat. En effet, contrairement à sa voisine orientale, elle plafonne à des altitudes relativement basses et repose sur un socle rocheux largement situé sous le niveau de la mer. Elle se situe donc aux premières loges des influences liées au réchauffement de l’air et de l’eau. On rappelle que ce vaste morceau de glace équivaut à environ six mètres d’élévation du niveau des mers.

Pour ces raisons, les scientifiques se sont surtout intéressés aux instabilités de la calotte ouest-antarctique et assez peu à celles de la calotte est-antarctique considérée comme nettement plus stable. Toutefois, du haut de ses cinquante mètres d’équivalent en niveau des mers, ce géant oriental se montre plus vulnérable qu’on ne l’a longtemps pensé. Une étude récente révélait par exemple qu’à l’interglaciaire d’il y a 400 000 ans, lorsque la température moyenne était seulement 1 °C à 2 °C plus chaude, la glace avait reculé de 700 kilomètres en Terre de Wilkes.

La calotte de l’Antarctique oriental, une vulnérabilité de long terme

Dans une nouvelle étude des chercheurs de l’Université de Durham (Angleterre) ont montré que si les émissions de gaz à effet de serre se maintiennent à des niveaux élevés, elles engageraient la calotte est-antarctique dans un retrait significatif à long terme. Plus précisément, l’inlandsis oriental pourrait ajouter près d’un demi-mètre au niveau moyen des mers d’ici à la fin du siècle, entre un et trois mètres d’ici 2300 et jusqu’à cinq mètres d’ici 2500.

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Contribution de la calotte de l’Antarctique de l’Est à la hausse du niveau moyen des mers pour 2100, 2300 et 2500 avec des émissions de CO2 limitées (colonne de gauche) ou élevées (colonne de droite). L’incertitude est indiquée par les différents tons de bleu. Crédits : C. R. Stokes & coll. 2022 / Richard Jones, Monash University.

A contrario, si le réchauffement est maintenu sous 2 °C, la contribution resterait marginale avec une hausse de seulement deux centimètres d’ici à 2100 et inférieure à cinquante centimètres d’ici 2500. Dans les deux cas, la perte de masse attendue durant ce siècle est fortement tamponnée par la hausse des chutes de neige dans l’intérieur du continent, car une atmosphère plus chaude peut contenir plus d’eau et donc produire plus de neige en climat très froid.

« Une conclusion clé de notre analyse est que le sort de la calotte glaciaire de l’Antarctique de l’Est reste entre nos mains », souligne Chris R. Stokes, auteur principal de l’étude. « Cette calotte glaciaire est de loin la plus grande de la planète, contenant l’équivalent de 52 mètres de niveau des mers, il est vraiment important de ne pas réveiller ce géant endormi ».

Entre indices du passé et projections futures

Pour arriver à ces résultats, les scientifiques ont tiré parti des observations passées et présentes ainsi que de modèles informatiques afin de réévaluer la réponse de la calotte à différents niveaux de réchauffement correspondant à différents niveaux d’émissions de gaz à effet de serre. Les projections menées jusqu’en 2500 se sont entre autres appuyées sur la réponse de la calotte lors du Pliocène moyen il y a trois millions d’années. Avec un climat 2 °C à 4 °C plus chaud que l’actuel, l’inlandsis oriental avait alors contribué pour plusieurs mètres à l’élévation du niveau des mers.

« En limitant l’augmentation de la température mondiale en deçà de la limite de 2°C fixée par l’accord de Paris sur le climat, nous devrions pouvoir éviter les pires scénarios, voire arrêter la fonte de la calotte glaciaire de l’Antarctique oriental, et donc limiter son impact sur l’élévation du niveau de la mer à l’échelle mondiale », rapporte Chris R. Stokes.