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Inde : une proposition du gouvernement pourrait accélérer la fonte de l’Himalaya !

Crédits : Royonx / Wikipedia

Des dizaines d’organisations ont récemment rédigé une lettre à l’attention du ministère indien de l’Environnement. Il y est question de nouveaux projets industriels pouvant causer d’énormes dégâts écologiques dans l’Himalaya. Or, ces dégâts se répercuteraient également sur les habitants.

Le problème de la fonte des glaciers

La chaîne de l’Himalaya est un ensemble de chaînes de montagnes s’étirant sur plus de 2 400 km de long et 250 à 400 km de large. Séparant le sous-continent indien du plateau tibétain, l’Himalaya est à cheval sur cinq pays : l’Inde, le Népal, le Pakistan, l’Afghanistan et la Chine. Or, une publication de 2016 évoquait une déglaciation importante depuis 1991.

Un article publié par Vice News le 25 septembre 2020 a donné la parole à Dawa Steven Sherpa, un aventurier, entrepreneur et environnementaliste sherpa népalais. Ayant gravi l’Everest à trois reprises, l’intéressé connaît très bien les effets négatifs de l’industrialisation sur l’Himalaya. En 2017, l’aventurier avait été alerté, car le village de Chukung, au pied du mont Everest, était en proie à des inondations provoquées par la fonte des glaciers.

Depuis, Dawa Steven Sherpa dépense son énergie à construire des structures en forme de barrage faites de roches (gabions). L’objectif ? Protéger des inondations les communautés de montagne telles que les Sherpas. L’environnementaliste fait un travail très important de sensibilisation du public concernant l’impact du changement climatique sur les glaciers de l’Himalaya.

Des projets ayant un fort impact sur l’Himalaya

Le 28 juillet 2020, pas moins de 52 ONG et militants environnementaux de 12 états indiens ont rédigé une lettre. À l’intention du ministère de l’Environnement, cette lettre souligne l’impact négatif des décisions réglementaires et projets industriels. L’Himalaya est la plus jeune chaîne de montagnes du monde, mais celle-ci accuse déjà des dégâts considérables. La lettre évoque notamment un projet hydroélectrique visant à générer 150 000 mégawatts d’énergie. Or, ce même projet pourrait impacter pas moins de 90 % de la vallée himalayenne indienne. De plus, environ 27 % des forêts denses de la région seraient en danger. Évoquons le fait que la région himalayenne a été classée dans l’indice de vulnérabilité climatique par le gouvernement indien. Ceci signifie que tout projet dans la région peut aggraver les glissements de terrain, l’assèchement des eaux souterraines et bien sûr, la fonte des glaciers.

L’Himdhara Environmental Research and Action Collective juge notamment inquiétants les développements dans l’État d’Assam (nord-est). En effet, cet état est le plus vulnérable de l’indice en prenant en compte des facteurs tels que la déforestation et les surfaces irriguées. Et pourtant, l’état héberge un puits de gaz naturel endommagé depuis mai 2020. Une explosion fait que le puits rejette du gaz naturel, ce qui a causé le déplacement de 3 000 personnes et représente évidemment une menace pour l’écosystème. À environ 600 km de l’Assam se trouve l’état du Sikkim. Là-bas, 23 glaciers ont reculé ou fondu de manière importante depuis 1995. De manière générale, la fonte des glaciers a déjà eu de graves conséquences. En 2012, les crues et autres glissements de terrain ont causé la mort 21 personnes et le déménagement d’une trentaine de familles. Les plaignants pointent du doigt la trentaine de barrages construits dans tout l’état.

barrage hydro
Crédits : Kothanda Srinivasan / Wikipedia

Un projet rejeté par la population

Il faut savoir que la lettre se dirige plus précisément contre le projet d’évaluation de l’impact environnemental 2020 (EIE). Le gouvernement indien permet ainsi l’autorisation de projets industriels ou encore la réduction de la portée des recours publics. Aujourd’hui, un comité d’évaluation composé d’experts et autres scientifiques étudie l’impact d’un projet proposé. Le comité prend également en compte la manière dont le projet peut affecter les communautés locales grâce à une concertation publique. Si l’EIE parvient à faire voter sa loi, le processus décrit ci-dessus deviendra donc obsolète.

Néanmoins, un porte-parole du parti Bharatiya Janata Party actuellement au pouvoir en Inde a tenu à apporter quelques précisions. Selon l’intéressé, la population est contre l’EIE, car celle-ci pense que les audiences publiques ont été supprimées. Or, la modification du processus concernera seulement des projets spécifiques dans les régions frontalières.