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Incendie de l’usine Lubrizol : que va faire l’Etat ?

Crédit photo : Police nationale de la Seine Maritime.

Depuis l’incendie de l’usine Lubrizol de Rouen le 26 septembre dernier, les habitants des alentours restent inquiets. Bien que l’Etat ait annoncé l’indemnisation des agriculteurs les plus touchés dès le 18 novembre, notamment des producteurs de lait, les particuliers se sentent oubliés. Pendant la catastrophe, 9050 Tonnes de produits chimiques ont pris feu. Un nuage dense de fumée noire de 22 kilomètres s’était formé pendant plusieurs jours, causant des désagréments comme l’irritation des voies respiratoires ou une odeur nauséabonde. 

Un peu plus d’un mois après l’accident, le nuage de fumée a disparu mais pas la peur des habitants de Seine-Maritime, ni les odeurs, encore signalées ce 20 octobre. Selon 20 Minutes, les résultats d’une analyse sur l’air a révélé des taux de dioxine quatre fois supérieurs à la normale lors de l’incendie dans la commune de Préaux. Mais la ministre de la santé, Agnès Buzin, se veut rassurante, affirmant que ces taux de dioxine restent “en dessous des seuils de toxicité”. 

De possibles graves problèmes écologiques et sanitaires.

Il existe, dans un rayon de dix kilomètres autour de l’usine, plusieurs zones protégées, classées et différents milieux naturels. De plus, la Seine, qui traverse la ville se déverse directement dans l’océan Atlantique. Par mesure de précaution, les aliments, produits laitiers, céréales destinées à l’alimentation du bétail sont retirés du marché. Ils sont réintroduits quelques jours plus tard, le 18 octobre après que le analyses effectuées soient jugées conformes par les autorités. Cependant et malgré certains prélèvements, les possibles préjudices sur la faune et la flore sauvage ne peuvent être provisionnés et ne le seront sûrement jamais. Il faudra attendre quelques années et connaître exactement tous les produits chimiques partis en fumée pour bien se rendre compte des potentiels séquelles environnementales à long terme.

Les habitants du département eux, se posent des questions sur ces fumées toxiques et les conséquences que peuvent engendrer la respiration de ces substances. Plusieurs dizaines de Rouennais se sont plaints de problèmes respiratoires les jours suivant la catastrophe.

“Des investigations poussées bien au-delà du contrôle sanitaire habituellement réalisé par l’ARS sur la recherche de substances chimiques dans l’eau du robinet ont été réalisées depuis le 26 septembre. Elles montrent l’absence ou la présence en concentrations très faibles et bien inférieures aux valeurs sanitaires de référence, des produits recherchés.” – Source : https://www.gouvernement.fr/transparence-rouen

Même si les autorités sanitaires et gouvernementales se veulent rassurantes, des habitants incommodés par la fumée ont commencé à se réunir et se rassembler en collectif pour faire valoir leur droits via des plateformes telles que Docditoo.

Une économie secouée par l’incendie.

Ce 25 octobre, le premier ministre, Edouard Philippe s’est rendu au Rouen pour superviser la signature de conventions par le PDG de Lubrizol, Eric Shnur, pour indemniser les professionnels touchés par les conséquences du brasier. Les représentants des commerçants et des agriculteurs se disent plutôt satisfaits des 50 millions d’euros débloqués mais pour eux ; tout n’est pas encore réglé.

Aucun élément ne permet d’expliquer l’origine de la tragédie.

Depuis ce mardi 26 octobre 2019, l’enquête est diligentée par trois magistrats du pôle santé publique du tribunal de Paris afin que toute la lumière soit faite sur cette catastrophe. Peu d’éléments de l’enquête ont filtré depuis le sinistre à part le nombre de vidéos analysées ; une soixantaine et la centaine de témoins auditionnés. Le parquet de Paris précise qu’à l’heure où nous parlons, aucun élément ne permet d’expliquer l’origine de cette tragédie. Une plainte a été déposée contre X.

Les opérations de décontamination vont durer au moins deux mois.

Invitée d’Europe 1 le 23 octobre 2019, la secrétaire d’État auprès de la ministre chargée de la transition écologique et solidaire Emmanuelle Wargon réagit sur la catastrophe de Lubrizol et les opérations de décontamination commencées le 22 octobre. “Les opérations sont menées avec énormément de précautions, des transports spécialisés, une unité de traitement qui sait faire…”. Une opération qui va durer au moins deux mois et qui ne rassure pas les riverains de l’usine ni les acteurs de l’agroalimentaire de la région. Cependant la secrétaire d’État ajoute : “Les résultats que nous avons jusqu’à présent sont rassurants et il reste les évaluations de moyen, long terme et ça c’est encore un petit peu tôt pour le dire.”

Une déclaration sans grande annonce qui poursuit cependant une prise de parole de l’Etat annonçant qu’une enquête de santé sera menée à partir de mars 2020. Cette enquête portera sur les populations que le nuage a survolé les jours suivant le feu. Elle concernera 215 communes. Cependant, aucun bilan sanguin  dans l’immédiat n’est envisagé sur les habitants de ces zones géographiques.

Pour demander plus de transparence et de clarté sur la catastrophe, plus de 500 personnes se sont rassemblées ; selon la police, devant le palais de justice de Rouen le 26 octobre.

Déjà un mois et, ni le gouvernement, ni Lubrizol ne semblent réellement avoir un aperçu concret de l’évolution possible des événements. Seul le temps et d’autres analyses pourront nous éclairer sur la suite de cette catastrophe.

Ce 14 novembre ; l’Etat a annoncé qu’il commencerait a indemniser les agriculteurs touchés ce mois ci.

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