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Ils ont “réveillé” des microbes vieux de 100 millions d’années

Crédits : JAMSTEC

Une étude publiée dans Nature Communications révèle que, si les conditions le permettent, des microbes en dormance depuis 100 millions d’années peuvent “revivre” et se multiplier à nouveau.

Il y a 10 ans, des chercheurs de plusieurs institutions japonaises ont prélevé des sédiments sous-marins lors d’une expédition menée dans le gyre subtropical du Pacifique sud, entre l’Amérique du Sud et l’Australie. Ce gyre océanique, le plus grand de la Terre, est connu pour être très pauvre en éléments nutritifs.

« Notre principale question était de savoir si la vie pouvait exister dans un environnement aussi limité, explique Yuki Morono, l’un des auteurs de l’étude. Et si oui, nous voulions savoir combien de temps cette vie pourrait se maintenir avec cette quasi-absence de nourriture ».

Au cours de cette expédition, menée à bord du navire JOIDES Resolution, l’équipe a foré plusieurs carottes de sédiments à environ 100 mètres sous le fond marin, à près de 5 700 mètres sous la surface de l’océan.

Ces échantillons, récemment analysés, ont révélé que de l’oxygène était bel et bien présent dans toutes les carottes. Selon les chercheurs, cela suggère que les sédiments, constitués de débris organiques et de poussière transportés par les courants, se sont accumulés lentement sur le fond marin, à raison d’un mètre ou deux tous les millions d’années.

Ces conditions ont finalement permis à des micro-organismes aérobies – ceux qui ont besoin d’oxygène – de survivre très, très longtemps. Certains, vieux de plus de 100 millions d’années, étaient en état de dormance, mais les chercheurs ont réussi à les “réanimer”.

« Des spécialistes de la famine »

Ces sédiments, lorsqu’ils ont été enterrés pour la première fois, auraient pu contenir plus d’un million de cellules par centimètre cube. Aujourd’hui, il n’en reste qu’un petit millier. Ces “survivantes” ont vécu dans des conditions très difficiles pendant 100 millions d’années. Dans cet environnement pauvre en énergie, elles ont en effet été incapables de se développer et se diviser.

Cependant, lorsqu’elles ont été de nouveau nourries en laboratoire, ces bactéries déjà présentes au temps des dinosaures se sont révélées non seulement vivantes, mais elles étaient aussi capables de croître et de se multiplier, comme les bactéries normales.

« Au début, j’étais sceptique, admet Yuki Morono. Mais nous avons constaté que jusqu’à 99,1% des microbes présents dans les sédiments déposés il y a 101,5 millions d’années étaient réellement encore vivants et prêts à se nourrir. Cette étude montre que les sous-sols de la Terre sont un excellent emplacement pour explorer les limites de la vie ».

Comment ont-elles fait ? Pour l’heure, c’est un mystère. Quoi qu’il en soit, ces cellules ont survécu d’une manière ou d’une autre pendant de très longues périodes. « Ce sont des spécialistes de la famine », poursuit le chercheur.

Pour Steven D’Hondt, océanographe à l’Université du Rhode Island (États-Unis), qui n’était pas impliqué dans l’étude, ces bactéries « transgressent véritablement notre perception du monde microbien tel que nous le connaissons ».

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Image agrandie montrant des microbes ressuscités, retrouvés dans des sédiments vieux de 101,5 millions d’années. Crédits : JAMSTEC

Des microbes encore vivants sur Mars ?

Cette nouvelle capacité à pouvoir caractériser et manipuler des micro-organismes anciens pourrait être pertinente sur Terre, mais également sur d’autres mondes. Si cette vie est en effet aussi résiliente sur Terre, peut-être l’est-elle aussi dans d’autres environnements pauvres en énergie, tels que les océans souterrains des lunes Europe et Encelade, de Jupiter et Saturne.

Ces travaux sont également pertinents dans le cadre de l’exploration martienne. On imagine alors des micro-organismes extraterrestres bien vivants, qui pourraient être ravivés et étudiés. Après tout, nous savons en effet que la planète rouge était potentiellement habitable il y a environ 3,5 milliards d’années. Si des microbes peuvent survivre plus de 100 millions d’années sur Terre, alors peut-être pourraient-ils survivre encore plus longtemps sur une autre planète ?

Cela paraît tout de même très improbable, admet le chercheur. Selon lui, il arriverait forcément un moment où même les plus vaillants finiraient par épuiser leurs réserves de nourriture.