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Ils ont permis à des souris de voir dans le proche infrarouge

Vision nocturne. Crédits : capture d'écran youtube - Jurassic Park

Une équipe de chercheurs annonce avoir permis à des souris dans voir dans le proche infrarouge, une longueur d’onde normalement invisible pour les rongeurs, comme pour l’Homme. Et pour ce faire, pas besoin de lunettes spéciales. Des nanoparticules suffisent.

Vision infrarouge

Souris et humains n’ont accès qu’à une partie limitée du spectre électromagnétique. Nous ne voyons que dans le domaine visible (longueurs d’onde comprises entre 380 et 740 nanomètres). C’est suffisant, mais beaucoup de choses nous échappent malgré tout. Le rayonnement proche infrarouge (de 800 nanomètres à un millimètre), lui, est associé à la chaleur. Vous pouvez ressentir la chaleur émise par votre tasse de café, mais vous ne pouvez pas la “voir”. Pour ce faire, il vous faudrait un équipement spécial capable de raccourcir ces longueurs d’onde beaucoup trop longues. Mais imaginez un seul instant que vous n’ayez plus besoin d’équipement spécial ?

C’est ce que laisse entrevoir cette étude. On ne s’emballe pas : nous n’en sommes qu’aux premiers essais pré-cliniques. Mais tout de même ! Une équipe de recherche, dirigée par Tian Xue, de l’Université des sciences et technologies de Chine, et Gang Han de la faculté de médecine de l’Université du Massachusetts (États-Unis), a en effet réussi à modifier la vision de souris afin qu’elles puissent voir la lumière proche infrarouge (NIR). Les rongeurs avaient en parallèle conservé leur capacité naturelle à voir dans le domaine visible. Et aucun effet secondaire ne se serait manifesté durant l’expérience  de 10 semaines.

Le pouvoir des nanoparticules

Pour cette expérience, les chercheurs expliquent avoir injecté des nanoparticules spéciales dans les yeux des souris (via des gouttes), qui se sont ensuite fixées aux cellules photoréceptrices. Ces cellules – les bâtonnets et les cônes – absorbent normalement les longueurs d’onde de la lumière visible entrante. Ici, les nanoparticules nouvellement introduites ont permis de convertir la lumière infrarouge entrante en lumière visible. Les longueurs d’onde les plus longues étaient capturées, pour ensuite être relayées sous forme de longueurs d’onde plus courtes. Les cellules photoréceptrices ont ainsi été en mesure d’accepter ce signal, puis d’envoyer ces informations converties au cortex visuel.

infrarouge souris
Lorsque la lumière infrarouge (rouge) atteint une cellule photoréceptrice (cercle vert), les nanoparticules (cercles roses) convertissent la lumière en lumière verte visible. Crédits : Cell

Plusieurs tests ont permis de confirmer la bonne marche de l’expérience. Au cours de l’un de ces tests, par exemple, des souris placées dans un labyrinthe aquatique en forme de Y devaient reconnaître l’emplacement d’une plate-forme cachée dans laquelle elles pouvaient se réfugier. Cette zone était indiquée par un affichage éclairé dans le proche infrarouge. Il ressort de cette expérience que les souris traitées avec les nanoparticules localisaient systématiquement la plate-forme affichée, tandis que les autres nageaient de manière aléatoire.

Les chercheurs notent par ailleurs que, si les systèmes oculaires des souris et des humains diffèrent légèrement, ce traitement pourrait être modifié pour que les humains puissent en bénéficier un jour. Il reste beaucoup de chemin à parcourir, mais à terme, nous pourrions effectivement être capables de voir des choses en dehors de notre portée visuelle normale. Une sorte de vision nocturne intégrée, si vous préférez.

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