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Il y a plus de 1 000 ans, les femmes nobles jouaient au polo à dos d’âne

Crâne et mandibule d'un des ânes trouvés dans la tombe. Crédits : SONGMEI HU

Une équipe de paléontologues annonce avoir identifié des restes d’ânes dans la tombe d’une ancienne noble chinoise décédée en 878, suspectée d’avoir joué au polo.

Xi’an est la capitale de la province du Shaanxi, en Chine. Elle a aujourd’hui le statut de ville sous-provinciale, mais elle fut autrefois la capitale dynastie Tang (18 juin 618 – 1er juin 907), et se nommait alors Chang’an.

En 2012, des paléontologues y ont découvert une tombe en briques avec le corps d’un femme à l’intérieur. Selon les documents officiels, la défunte, nommée Cui Shi, serait décédée le 6 octobre de l’An 878 à l’âge de 59 ans.

Des peintures murales identifiées sur les parois de sa tombe, illustrant des ouvriers préparant un somptueux festin, suggèrent qu’elle était également une personne de haut rang.

En outre, si une grande partie de la tombe a malheureusement été pillée, plusieurs ossements d’animaux ont pu être retrouvés à l’intérieur, dont ceux d’au moins trois ânes.

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Crédits : Vassil/ WIKIMEDIA COMMONS

Pourquoi des ânes ?

Au IXe siècle, Xi’an était le terminus oriental de la route commerciale de la soie. On imagine alors que ces animaux devaient être nombreux dans le paysage.

Cependant, ces équidés étaient à l’époque majoritairement considérés comme des bêtes de somme, « utilisés par des gens ordinaires », souligne en effet Fiona Marshall, anthropologue à l’Université de Washington de Saint-Louis (États-Unis).

Une question se pose alors : pourquoi enterrer des ânes dans la tombe d’une personne de haut rang social ?

« Il n’y avait a priori aucune raison pour qu’une femme comme Cui Shi utilise un âne, sans parler de le sacrifier pour sa vie après la mort, explique Songmei Hu, de l’Académie d’archéologie de Shaanxi et co-auteur de l’étude. C’est la première fois qu’une telle sépulture est découverte ».

Pour tenter de répondre à cette question, les chercheurs se sont alors tournés vers le mari de la défunte, nommé Bao Gao.

Nous savons que l’empereur de l’époque, Xizong, était un mordu de polo, un sport d’équipe équestre. Des textes anciens révèlent alors que celui-ci aurait promu Bao Gao au rang de général, en raison de ses compétences dans ce sport très populaire durant la dynastie Tang.

On vous rappelle les règles : les joueurs, attelés sur leurs montures, doivent marquer des points en menant une balle dans le but de l’équipe adverse à l’aide d’un maillet à long manche. L’entreprise est assez compliquée et, il faut aussi le souligner, très dangereuse. Il n’était en effet pas rare, à l’époque, que des cavaliers tombent de leur chevaux et se retrouvent piétinés.

Malgré tout, il arrivait que des femmes participent également à ces rencontres. C’est alors que les ânes entrent en jeu.

Une alternative plus sûre

Si une femme noble comme Cui Shi voulait rejoindre la partie, le fait de monter sur ces équidés plus petits, plus lents et plus stables, aurait en effet pu être une alternative plus sûre, suggèrent les chercheurs. D’ailleurs, l’étude des ossements semble leur donner raison.

En analysant la taille des os retrouvés dans la tombe, les chercheurs ont en effet déterminé que ces animaux étaient trop petits pour avoir été utilisés comme bêtes de somme. En outre, les schémas de stress étaient également similaires à ceux d’animaux qui couraient et se retournaient fréquemment, plutôt que ceux d’animaux qui marchaient lentement dans une seule direction.

Ainsi, tout semble porter à croire que Cui Shi jouait au polo à dos d’âne. Quant aux trois animaux, écrivent les chercheurs dans la revue Antiquity, ils ont probablement été sacrifiés suite à son décès, afin qu’elle puisse « continuer à jouer dans l’au-delà ».

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