in

Il y a 500 millions d’années, les premières formes de vie animale ont causé un réchauffement climatique !

Crédits : Daein Ballard/Wikimedia Commons.

Une étude publiée ce 2 juillet dans la revue Nature indique qu’il y a plus de 500 millions d’années, les premières formes de vie animale ont modifié leur environnement au point de conduire à un réchauffement climatique et à une expansion des zones océaniques anoxiques. Ces modifications environnementales ont ultérieurement participé à l’extinction de masse de plusieurs de ces espèces primitives.

Particulièrement de par ses activités industrielles et agricoles, l’Homme modifie depuis plus d’un siècle la composition chimique de l’atmosphère en l’enrichissant en particules et en gaz à effet de serre. Cette modification conduit à un réchauffement net du système climatique et à une réorganisation de tous les flux qui le composent – flux de chaleur, flux de vapeur d’eau, flux de carbone, etc. Les différentes facettes et particularités de la perturbation anthropique du climat font qu’elle est unique dans l’histoire de notre planète. Ainsi, si la nouvelle étude indique qu’il existe au moins un analogue à cette perturbation dans le passé de la Terre, celui-ci reste imparfait : on ne saurait retrouver la singularité des facteurs et paramètres actuels dans le passé terrestre lointain.

Ces nouveaux travaux démontrent qu’il y a environ 520 à 540 millions d’années, au début du Paléozoïque, les espèces animales primitives qui vivaient dans l’océan ont conduit à une modification importante de la composition gazeuse de l’atmosphère, et à un changement du climat au cours des 100 millions d’années qui ont suivi. Comment ont-elles procédé ? « Comme les vers dans un jardin, les petites créatures des fonds marins perturbent, mélangent et recyclent la matière organique morte, un phénomène connu sous le nom de bioturbation. En raison de l’importance de ce processus, vous vous attendriez  à voir de grands changements dans l’environnement lorsque le plancher océanique passe d’un état non perturbé à un état bio-perturbé », a déclaré le professeur Timothy M. Lenton, un des auteurs de l’étude.

Les scientifiques ont réalisé que ce sont notamment les premiers bio-turbateurs qui ont eu l’impact le plus important. Cette découverte a permis de résoudre une énigme qui restait jusqu’alors en suspens, et de construire un modèle biogéophysique de la planète à cette époque. Ils ont ainsi pu analyser les changements environnementaux causés par ces premières formes de vie marine. Recoupée avec les observations disponibles, la modélisation a montré que ces dernières ont conduit à une diminution du dioxygène dissous dans l’océan et du dioxygène atmosphérique, ainsi qu’à une augmentation du taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Cette hausse était assez marquée pour conduire à un réchauffement climatique. Les experts savaient qu’une élévation de la température globale s’était produite durant cette période, mais n’avaient pas réalisé qu’elle avait pu être déclenchée par ces animaux primitifs.

Suite à ces modulations, l’environnement est devenu moins favorable pour ces formes de vie – et probablement d’autres. Cette évolution a certainement contribué à plusieurs extinctions de masse au cours des 100 premiers millions d’années de l’évolution animale. « Il y a un parallèle intéressant entre ces premiers animaux qui ont changé leur monde d’une manière qui leur était défavorable et ce que nous faisons actuellement à la planète », a déclaré le professeur Timothy M. Lenton. « Nous créons un monde plus chaud accompagné d’une extension des zones anoxiques, ce qui est mauvais pour nous et pour beaucoup d’autres créatures avec lesquelles nous partageons cette planète ». Signalons toutefois une différence de taille : la vitesse du changement en cours est beaucoup plus rapide que celle des changements passés précédemment évoqués.

Source

Damien Altendorf

Rédigé par Damien Altendorf

Habitant du Nord-est de la France, je suis avant tout un grand passionné de météorologie et de climatologie. Initialement rédacteur pour le site "Monsieur Météo", je contribue désormais à alimenter celui de "Sciencepost".