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Il y a 32 millions d’années, des singes ont rejoint l’Amérique du Sud en radeau

Crédits : igoiaba/pixabay

Des dents fossilisées découvertes au Pérou fournissent de nouvelles preuves que des singes ont traversé l’océan Atlantique depuis l’Afrique pour finalement rejoindre l’Amérique du Sud.

Nous savons qu’il y a entre 35 et 40 millions d’années, les ancêtres des singes sud-américains modernes sont arrivés une première fois dans le Nouveau Monde, flottant à travers l’océan Atlantique sur des tapis de végétation. Mais, selon une nouvelle étude, ils n’ont pas été les seuls à faire le voyage. Quatre nouvelles dents fossilisées découvertes sur le même site, dans les profondeurs de l’Amazonie péruvienne, suggèrent en effet qu’une autre famille de primates a effectué la même traversée quelques millions d’années plus tard.

Ces dents, retrouvées sur les rives du Río Yurúa, près de la frontière du Pérou et du Brésil, appartenaient à un groupe de singes disparu appelé parapithécides. L’espèce, nouvelle pour la science, vient d’être baptisée Ucayalipithecus perdita. Physiquement, expliquent les chercheurs, ces primates ressemblaient probablement aux ouistitis modernes.

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Les quatre molaires retrouvées au Pérou. Crédits : Erik Seiffert

Un monde bien différent

Sur la base de l’âge du site et de la proximité d’Ucayalipithecus avec ses parents fossiles retrouvés en Égypte, les paléontologues estiment que la migration a dû se produire il y a environ 32 millions d’années.

Bien évidemment, rien de tout ça n’était intentionnel. Ces primates n’ont pas fabriqué eux-mêmes les radeaux. Les structures, formées naturellement au niveau des côtes, se sont probablement détachées lors d’une tempête alors que les primates évoluaient dessus.

Le monde était également très différent à l’époque. C’est en effet durant cette période que s’est produite la Grande Coupure Éocène-Oligocène, un événement climatique et paléontologique qui, entre autres conséquences, a favorisé la formation de la calotte glaciaire de l’Antarctique. De ce fait, le niveau marin a considérablement baissé, probablement de plus de 50 mètres. De quoi faciliter les communications entre les continents africain et sud-américain, et donc le mélange d’espèces.

Ainsi, les singes, expliquent les chercheurs, ont probablement parcouru moins de 1500 km en mer, se laissant flotter au gré des courants. C’est environ un quart de la distance actuelle séparant le probable point de départ de ce voyage et l’arrivée. On imagine que, malgré tout, la traversée a dû être pénible.

« Il s’agit d’une découverte tout à fait unique, a déclaré Erik Seiffert, de l’Université de Californie du Sud (États-Unis). Cela montre qu’en plus des premiers singes du Nouveau Monde et d’un groupe de rongeurs connus sous le nom de caviomorphes, il y a cette troisième lignée de mammifères qui a, en quelque sorte, fait ce voyage transatlantique très improbable pour aller de l’Afrique vers l’Amérique du Sud ».

Pour que vous puissiez avoir une idée de ce à quoi ressemblaient ces “radeaux flottants”, voici un exemple de tapis de végétation filmé il y a quelques années le long du canal de Panama :

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