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Il n’existe pas une, mais deux espèces de tortues Matamata

Crédits : Rune Midtgaard

De nouvelles analyses génétiques montrent qu’il existe en réalité deux espèces de tortues Matamata, séparées durant le Miocène il y a 13 millions d’années.

Des tortues pas comme les autres

La Matamata (Chelus fimbriata), jusqu’à présent considérée comme l’unique représentante du genre Chelus, est une espèce de tortues de la famille des Chelidae. Ce reptile d’eau douce, retrouvé en Amérique du Sud dans le bassin amazonien et le bassin de l’Orénoque, a longtemps suscité la curiosité de nombreux scientifiques.

Par son physique atypique, d’une part. La couleur et la forme de sa carapace (composée de trois rangées de plaques bosselées et dentelées) le font en effet ressembler à un tas de feuilles mortes. Tandis que sa tête, en raison de nombreuses excroissances, évoque les feuilles du moucou-moucou, une plante aquatique indigène. Tapies dans la boue, ces tortues expertes en camouflage passent alors complètement inaperçues.

Et par son mode d’alimentation, d’autre part. Cachée dans les marécages, la Matamata chasse à l’affût, ouvrant sa gueule en grand puis aspirant ses proies (têtards, amphibiens, poissons) en un cinquantième de seconde. Elle rejette ensuite lentement l’eau avalée, asphyxiant finalement ses victimes.

Ceci étant dit, plusieurs études ont déjà suggéré que les spécimens identifiés dans l’Orénoque (un fleuve du Venezuela et de Colombie) et dans le bassin de l’Amazone présentaient des aspects différents. Sur la base de ces observations, Uwe Fritz et son équipe, du Muséum d’histoire naturelle de Senckenberg à Dresde, en Allemagne, ont entrepris d’examiner de plus près la composition génétique encore largement sous-étudiée de ces reptiles.

Deux espèces séparées il y a 13 millions d’années

Dans le cadre de cette étude, les chercheurs ont analysé 75 échantillons d’ADN recueillis auprès de spécimens évoluant dans les deux bassins. Il ressort finalement de ces travaux, publiés dans la revue Molecular Phylogenetics and Evolution, que le genre Chelus ne propose pas une, mais bien deux espèces génétiquement et morphologiquement bien distinctes.

L’espèce nouvellement décrite, qui vient d’être nommée Chelus orinocensis, fréquente les bassins de l’Orénoque et du Río Negro, tandis que l’espèce déjà connue sous le nom de Chelus fimbriata privilégie le bassin amazonien.

Les analyses génétiques ont également révélé que ces deux espèces s’étaient séparées à la fin du Miocène, il y a environ 13 millions d’années, alors que l’ancien bassin Amazonie-Orénoque commençait à se séparer en deux bassins fluviaux. L’espèce s’est dès lors scindée en deux, puis chacune a suivi sa propre voie évolutive.

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L’espèce nouvellement décrite Chelus orinocensis, retrouvée dans les bassins de l’Orénoque et du Río Negro. Crédits : Mónica A. Morales-Betancourt

Cette nouvelle découverte, explique le chercheur, doit également nous amener à réévaluer le statut de conservation de ces tortues.

« Jusqu’à présent, cette espèce n’était pas considérée comme menacée d’extinction, compte tenu de sa large distribution, dit-il. Cependant, nos résultats montrent qu’en raison de cette scission en deux espèces, la taille de la population de chaque espèce est en réalité plus petite que prévu ».

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