in

À Fukushima, des sangliers se sont reproduits avec des cochons

Crédits : Hiroko Ishiniwa

D’après une étude génétique menée sur les sangliers évoluant dans la zone d’exclusion de Fukushima, au Japon, certains spécimens se sont reproduits avec des cochons domestiques laissés sur place après le départ des habitants.

Il y a quelques mois, le biologiste James Beasley, de l’université de Géorgie (États-Unis), avait placé des dizaines de pièges photographiques autour du site nucléaire de Fukushima pour tenter d’évaluer l’état de la faune locale. Ces pièges avaient été placés dans trois zones distinctes : une première où les humains sont absents, une seconde zone où la présence humaine est restreinte et une troisième zone où la présence humaine est jugée « normale ».

En quatre mois, le chercheur avait compilé plus de 267 000 photos d’animaux sauvages appartenant à plus de vingt espèces. Ainsi, dix ans après l’accident nucléaire, la faune semble bien se porter bien dans la région.

L’espèce la plus représentée était le sanglier (Sus scrofa​), avec 46 000 photos, dont plus de la moitié ont été prises dans la zone complètement désertée par les Hommes où ils n’hésitent pas à s’aventurer de jour. Ces animaux semblent donc très à l’aise avec leur « nouvel » environnement, au point de s’autoriser de « nouvelles rencontres rapprochées ».

Des hybrides sangliers-cochons

Dans une étude publiée dans les Proceedings of the Royal Society B, des chercheurs ont en effet examiné l’ADN de plusieurs espèces pour voir comment les animaux étaient affectés par la vie dans la zone contaminée par les radiations. Ils ont alors constaté que les sangliers venus des montagnes voisines s’étaient reproduits avec des cochons domestiques (Sus domesticus) échappés des fermes locales délaissées (environ 30 000).

Sur les 338 sangliers dont les gènes ont été séquencés, au moins dix-huit individus présentaient des gènes de porcs domestiques.

sangliers fukushima
Les sangliers des montagnes environnantes ont envahi les zones désertes de Fukushima. Crédits : D. Anderson.

Des gènes progressivement dilués

D’après les chercheurs, cette « invasion biologique » reste relativement limitée. En moyenne, les hybrides présentaient en effet à peine 8% de gènes de cochon. Ces hybrides se reproduisent donc davantage avec d’autres sangliers et les gènes des cochons seront dilués avec le temps. Les chercheurs pensent que cette nouvelle composante génétique n’induira aucun changement dans le comportement des sangliers au fil du temps.

Ces « vacances sans humains » pourraient en outre n’être que de courte durée. Depuis 2018, les anciens habitants commencent en effet lentement à revenir dans les zones auparavant abandonnées. Le gouvernement japonais encourageant légalement la chasse aux sangliers dans la région depuis plusieurs mois, il semble que ce ne soit qu’une question de temps avant que ces derniers ne retournent dans les montagnes.