Humusation : une pratique de compostage humain qui prend de l’ampleur, encore illégale en France

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On appelle humusation le processus de compostage d’un corps, humain ou animal, avec uniquement de la matière végétale. Retour sur cette pratique encore illégale en France qui ne cesse pourtant de faire des adeptes.

L’incinération ou l’inhumation, des pratiques funéraires peu écologiques

L’impact environnemental de l’inhumation, et particulièrement de l’incinération, dépend de nombreux facteurs (technologie, gestion des déchets, normes de contrôle des émissions, etc.). Parmi les principales raisons pour lesquelles on considère que la crémation n’est pas une solution écologique :

  • Émissions de gaz à effet de serre : bien que certaines installations soient équipées de systèmes de filtration, l’incinération de déchets humains produit des émissions de gaz à effet de serre (GES), y compris du dioxyde de carbone (CO2) et autres polluants atmosphériques.
  • Production de cendres toxiques : l’incinération génère des résidus sous forme de cendres, pouvant contenir des substances toxiques comme des métaux lourds et autres composants dangereux.
  • Consommation d’énergie : le processus d’incinération nécessite de l’énergie pour brûler les corps, provenant généralement de combustibles fossiles.
  • Augmentation des déchets : certains spécialistes estiment que l’incinération peut décourager les efforts de réduction des déchets à la source.
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L’humusation, un retour à la terre plus durable

L’humusation désigne le procédé de transformation du corps humain ou animal en humus, aussi appelé « terramation ». Ce processus naturel se base sur le modèle de la vie sauvage, et se déroule sur une période d’un an, permettant alors de réintégrer le corps mort dans le cycle du vivant.

À l’origine du concept, le belge Francis Busigny, président de l’association Humusation, Processus Naturel de Compostage Humain. Selon lui, l’humusation arrive comme une alternative écologique aux techniques funéraires existantes, réinsérant le défunt dans le cycle de la vie plutôt que de le faire participer à la pollution atmosphérique :

Le bilan environnemental des pratiques funéraires actuelles est catastrophique pour nos enfants et les générations à venir.

Selon les porte-paroles du mouvement, l’humusation, envisagée comme une « après-mort du berceau au berceau », recherche à enterrer les corps des défunts de manière durable, en garantissant la régénération de l’humus dans le respect des familles et tout en permettant une fixation de CO² via la plantation d’arbres.

Une pratique similaire aurait aussi été développée par la startup italienne Capsula Mundi, créatrice de capsules funéraires biodégradables à enterrer sous un arbre. Là encore, le prototype n’a pas été légalisé.

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Une pratique interdite en Europe, mais partiellement autorisée dans certaines régions des États-Unis

À ce jour, l’humusation reste illégale en France et en Europe, mais partiellement autorisée au États-Unis dans certains états comme Washington, New-York et la Californie. Ces régions ont en tout cas choisi de légaliser une méthode similaire appelée Recompose, visant à réduire l’empreinte carbone funéraire en compostant les corps des défunts depuis un cercueil biodégradable enrichi de matières organiques (copeaux de bois, luzerne, paille).

Un premier site d’expérimentation de l’humusation en Europe

C’est en France que le premier site européen d’humusation expérimentale est né, dans la volonté de s’inscrire dans une démarche funéraire durable. Ce lieu unique fait l’expérience de l’humusation, non pas avec des défunts, mais avec des corps de porcs, déposés et recouverts de branches coupées et de plusieurs couches de paille. La micro-faune des premiers centimètres du sol vient alors faire le travail de décomposition.

Au bout de trois jours, la température de la butte grimpe jusqu’à dépasser les 60 degrés, phénomène de décomposition pouvant s’apparenter à une sorte de « cuisson ». Intervient alors l’étape de l’arrosage pour baisser cette température. Toutes les chairs molles se décomposent rapidement lors de cette première phase d’une durée d’environ 4 mois.

Ensuite, les eaux sont passées au broyeur pour émiettage, avant de procéder à une dernière phase de 8 mois, qui va achever la décomposition. Au bout de 12 mois, le cadavre est entièrement décomposé, se transformant alors en humus.