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Les humains modernes étaient en Europe 10 000 ans plus tôt que prévu

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Crédits : Courtesey E. Daynes

Une dent d’enfant trouvée dans une grotte française est la plus ancienne preuve connue de l’existence d’humains modernes en Europe occidentale. Le fragment dentaire suggère que nos ancêtres évoluaient sur place il y a au moins 54 000 ans, soit environ 10 000 ans plus tôt que prévu.

Les plus anciens fossiles des premiers humains modernes en dehors de l’Afrique ont été retrouvés en Israël, datant de 194 000 à 177 000 ans, et peut-être en Grèce, datant d’il y a environ 210 000 ans. On pense traditionnellement que le Levant a joué un rôle fondamental dans la dispersion de nos ancêtres, même si les archives paléoanthropologiques du Pléistocène supérieur de cette région sont encore discutées. En Europe, cependant, leur apparition semble s’être produite bien plus tard, peut-être à cause des barrières écologiques et/ou de l’occupation de la région par les Néandertaliens.

Jusqu’à présent, la première preuve de l’établissement d’Homo sapiens en Europe était limitée à il y a environ 45 000 à 43 000 ans sur la base de cinq restes dentaires isolés dans trois sites italiens. D’un autre côté, les derniers vestiges néandertaliens en Europe sont datés de 42 000 à 40 000 ans. En réalité, notre espèce était présente sur place bien avant cela.

Une dent qui change tout

La Grotte Mandrin, dans la vallée du Rhône, abritait jadis des groupes successifs de Néandertaliens et d’Homo sapiens. Un nouveau regard sur les vestiges de cet abri sous roche révèle toutefois une histoire beaucoup plus compliquée.

Dans le cadre de récents travaux, des chercheurs sont en effet tombés sur les restes dentaires d’au moins sept individus retrouvés dans une douzaine de couches archéologiques, chacune d’entre elles représentant une période différente. Après analyses, il en est ressorti que six de ces individus étaient des Néandertaliens. En revanche, l’une des molaires fossiles semble appartenir à un enfant humain moderne datant d’environ 54 000 ans.

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L’entrée de la grotte de Mandrin, près de Montélimar, dans le sud de la France. Crédits : Ludovic Slimak

De nombreux chevauchements de populations

Non seulement l’âge de la dent de cet enfant repousse la présence de notre espèce dans la région d’environ 10 000 ans, mais ce reste humain aurait également été découvert dans une couche prise en sandwich entre deux couches néandertaliennes.

Les chercheurs soupçonnaient depuis longtemps que cet abri sous roche était un lieu de rencontre entre les Néandertaliens et les humains modernes. Les chercheurs ont en effet passé plus de trente ans à passer soigneusement au crible des couches de terre à l’intérieur de la grotte, mettant au jour des centaines de milliers d’artefacts utilisés par les deux populations. Nous savons aussi que les humains et les Néandertaliens se sont largement croisés. Cependant, cette nouvelle étude ne suggère pas d’échanges culturels, mais bien un chevauchement clair entre les deux espèces. Autrement dit, les populations néandertaliennes et humaines modernes se sont remplacées plusieurs fois sur le même territoire. Dans un cas, la grotte aurait même changé de mains en l’espace d’environ un an.

Quelle que soit la raison de ces chevauchements, ces nouveaux travaux publiés dans Science Advances ne manqueront pas de susciter de nouveaux échanges sur la migration de l’humanité vers le Vieux Continent.