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Hold-Up : un documentaire à succès prétend dévoiler une conspiration mondiale autour de la Covid-19

Crédits: Thana TV. Tprod. Tomawak

Avec son documentaire baptisé Hold-Up, le réalisateur Pierre Barnérias désirait dénoncer les “mensonges, corruptions et manipulations” en France autour de la gestion du coronavirus. Néanmoins, si cette production rencontre un succès sur la toile, les réactions sont parfois vives. En effet, le documentaire développe des théories complotistes à l’échelle mondiale.

Un documentaire complotiste

Depuis quelques heures sur les réseaux sociaux, il est possible de visionner un mystérieux documentaire nommé “Hold-Up”. L’affiche du film est par ailleurs sans équivoque, montrant deux visages masqués et dont les yeux contiennent les logos de l’AFP, TF1, BFMTV ainsi que CNEWS. Il est également possible d’y lire les mots suivants : “mensonges, corruption, manipulations, Covid-19 Retour sur un chaos”. Avec cette production d’environ 2 heures et 45 minutes, le réalisateur Pierre Barnérias – ancien journaliste de TF1 et Europe 1 – entendait tirer au clair les erreurs commises par l’État, les médias ainsi que des médecins de la communauté scientifique dans la gestion de la pandémie de Covid-19 en France.

Seulement voilà, certaines voix se sont élevées comme celle de l’essayiste Tristan Mendès France. Le 11 novembre 2020, l’intéressé a publié un tweet fustigeant le documentaire Hold-Up qui selon lui, “excite la complosphère”. Il faut dire que lors de sa sortie, plusieurs centaines de milliers d’internautes (voire des millions) ont visionné le film et les partages sont nombreux. La production a pu se faire grâce à plusieurs campagnes de crowdfunding – sur Ullule et Tipeee. Plus de 5 000 personnes ont contribué à ces opérations ayant permis de lever plus de 200 000 euros.

Mais que contient réellement ce documentaire ? La thèse principale du film est plutôt simple : le Forum économique mondial de Davos se sert du Covid-19 – créé artificiellement – dans le cadre d’un projet global visant à soumettre l’humanité.

De nombreux intervenants

Pas moins de 37 intervenants sont présents dans le documentaire et plusieurs extraits du film font l’objet de publications annexes. Citons par exemple Nathalie Derivaux, une sage femme visiblement émue commentant les propos de Laurent Alexandre (polémiste) sur les élites en le comparant à Adolf Hitler. Néanmoins, il faut savoir que ces propos avaient été tenus en 2019, avant la pandémie. Évoquons également Michael Yeadon, ancien Directeur de recherche chez Pfizer. Ce dernier avait déclaré qu’il n’y avait aucune preuve concernant la seconde vague de l’épidémie et a avancé l’argument des faux positifs. Citons aussi Michael Levitt, biophysicien chimiste et prix Nobel de chimie. En février 2020, l’homme avait prédit la fin de l’épidémie alors qu’il y avait déjà plus de 2 500 décès en Chine. Il avait également déclaré que l’épidémie était terminée aux États-Unis le 22 août 2020.

Un mot sur le personnage principal du documentaire : Christian Perronne. Chef du service maladies infectieuses à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches, l’intéressé ne porte pas la politique gouvernementale dans son cœur et soutien le professeur Raoult ainsi que son protocole. Christian Perronne s’est fait connaître il y a déjà quelques temps avant la pandémie pour ses déclarations sur l’origine de la maladie de Lyme. Selon lui, il est question d’une prolifération secrète de tiques modifiées par un chercheur nazi. Parmi les autres intervenants, nous retrouvons également Valérie Bugault, Ema Krusi ou encore Silvano Trotta. Toutes répertoriées par L’Observatoire du Conspirationnisme, ces personnalités très controversées s’expriment souvent sur leurs propres chaînes YouTube ou pages sur les réseaux sociaux.

capture observatoire du conspirationisme
Crédits : capture d’écran / L’Observatoire du Conspirationnisme

Un acharnement sur le port du masque

Un autre extrait met en scène les propos d’Olivier Véran et Jérôme Salomon lors de la première vague. Le ministre de la Santé et l’infectiologue ont effectivement dit qu’il n’était pas souhaitable que le port du masque se généralise à l’ensemble de la population française. Néanmoins, ces mots allaient dans le sens des recommandations de l’OMS qui depuis, ont naturellement changé. Néanmoins, le documentaire fait l’impasse sur certains scandales bien connus, portant par exemple sur la faible quantité de masques du stock stratégique de l’État français à l’arrivée de la pandémie. Le film se focalise en revanche sur une prétendue inefficacité du masque lorsque les personnes ne sont pas malades. Or, des études ont déjà montré que le masque protège aussi son porteur et que les asymptomatiques peuvent être contagieux.

Rappelons tout de même que depuis l’apparition du coronavirus SARS-CoV-2, les théories du complot se multiplient. Celles-ci concernent notamment l’origine du virus, le futur vaccin et bien-sûr, le port du masque. Les fake news évoquent notamment un risque d’hypoxie (manque d’oxygène), un empoisonnement au CO2 ou encore une taille trop importante des mailles des masques, laissant passer le virus. Évidemment, ces allégations n’ont absolument aucune base scientifique et ont déjà fait l’effet d’un débunkage.

> À voir, le décryptage des 15 premières minutes du film

Une forme journalistique trompeuse

Toutefois, il est finalement bien question d’une théorie du complot tentaculaire évoquant un complot mondial et où les éléments s’empilent de façon assez maladroite. Outre les “dangers” du masque, nous retrouvons des thèmes variés comme Bill Gates, les Rockefeller, la remise en cause de la létalité (et l’origine) du coronavirus, un holocauste sur les 3,5 milliards de terriens les plus pauvres ou encore la 5G. Le réalisateur est tout de même allé jusqu’à faire intervenir un homme présenté comme étant un ancien agent du renseignement. À visage couvert, ce dernier explique qu’une source de l’Agence de Sûreté Nucléaire (ASN) lui a confié le caractère artificiel du coronavirus. L’homme a également affirmé que le virus est une arme biochimique visant à faire baisser la population mondiale. Ce genre de déclaration va pourtant à l’encontre de tout ce qu’il est possible de trouver dans la littérature scientifique même si l’origine du virus n’est pas encore clairement établie et que la piste de l’accident de laboratoire semble toujours active.

Ce “documentaire” a l’apparence d’une enquête journalistique. Toutefois, l’absence de travail de fond est on ne peut plus criante. En effet, les propos des intervenants ne sont jamais contextualisés et encore moins remis en question. Dans un premier temps, le film est très général, traitant notamment de la peur qu’entretiendraient les politiques. Certains passages sont très insistants, notamment celui évoquant l’hydroxychloroquine. Ce dernier se base d’ailleurs sur l’étude controversée publiée puis retirée par la revue The Lancet. Enfin, le dernier tiers du film bascule dans un complotisme primaire teinté de confusion.