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Il y a 250 millions d’années, cet animal entrait déjà en hibernation

Crédits : Crystal Shin

L’analyse des défenses d’un ancien parent des mammifères suggère que ces animaux hibernaient déjà il y a 250 millions d’années. Il s’agit de la plus ancienne preuve d’un état d’hypothermie régulée chez un animal vertébré.

De nombreux animaux, en particulier ceux qui vivent à proximité ou dans les régions polaires, hibernent pour traverser les mois d’hiver difficiles, mais à partir de quand ce type d’adaptation a-t-il évolué ? Une étude publiée dans la revue Communications Biology l’estime à au moins 250 millions d’années.

Un ancien parent des mammifères

Des chercheurs de l’Université de Washington et de Harvard rapportent en effet les preuves d’un état d’hibernation chez un parent éloigné des mammifères (du genre Lystrosaurus) évoluant en Antarctique pendant le Trias précoce.

À cette époque, le monde était différent. La Pangée, le supercontinent en place, regroupait en effet tous les continents d’aujourd’hui. L’Antarctique était quant à lui relié à l’Amérique du Sud et au continent africain. Ce n’est qu’environ 150 millions d’années plus tard que la masse continentale aujourd’hui recouverte de glace s’est détachée pour venir s’installer plus au sud.

Ainsi, il y a 250 millions d’années, il faisait moins froid en Antarctique. Quand bien même, certaines parties de ce futur continent essuyaient quand même de longues périodes sans soleil chaque hiver. Pour les surmonter, chacun sa méthode, mais pour ce lointain parent des mammifères, l’hibernation a visiblement été la meilleure option.

Lystrosaurus était un animal trapu, un peu plus gros qu’un cochon et doté d’une paire de défenses incrustées dans la mâchoire supérieure. Ces dernières permettaient de creuser dans la végétation au sol dans le but d’y trouver des racines et des tubercules. Comme chez les éléphants, ces petites défenses poussaient continuellement tout au long de leur vie. Leurs coupes transversales peuvent donc fournir tout un tas d’informations aux chercheurs sur le cycle biologique de ces animaux.

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Lystrosaurus georgi. Crédits : Dmitry Bogdanov/Wikipédia

Des “marques de stress” typiques d’un état d’hibernation

Dans le cadre de cette étude, Megan Whitney et son équipe ont analysé des coupes transversales de défenses de six Lystrosaurus retrouvés à environ 72 degrés de latitude sud, au-delà du cercle antarctique. Ils les ont ensuite comparées à celles de quatre autres spécimens d’Afrique du Sud, à plus de 800 km au nord. Pendant le Trias, cette région se situait à 58-61 degrés de latitude sud. C’était donc en dehors du cercle antarctique.

Ces analyses ont révélé que les défenses ayant poussé au-delà du cercle antarctique présentaient régulièrement des anneaux de croissance épais et rapprochés. Selon les chercheurs, ces structures sont des “marques de stress” que l’on retrouve notamment dans les dents d’animaux modernes qui hibernent. À l’inverse, les spécimens évoluant plus au nord (Afrique du Sud) ne présentaient aucune de ces marques.

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Une coupe transversale de la défense fossilisée d’un Lystrosaurus. En haut à droite le cadre nous révèle une vue rapprochée de l’une de ces couches plus épaisses. C’est le signe d’un état de type hibernation. La barre d’échelle est de 1 mm. Crédits : Megan Whitney / Christian Sidor

Les chercheurs ne peuvent pas conclure de manière définitive que le Lystrosaurus hibernait. Néanmoins, l’analyse de ces petites défenses fossiles laisse à penser que c’était effectivement le cas.

Les animaux qui vivent aux pôles ou à proximité ont toujours dû faire face aux environnements les plus extrêmes qui y sont présents“, explique la chercheuse. “Ces résultats préliminaires indiquent que l’entrée dans un état de type hibernation n’est pas un type d’adaptation relativement nouveau. C’est une adaptation ancienne“.