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Les herbes-aux-chats protègent aussi les félins des moustiques

Crédits : Masao Miyazaki et Reiko Uenoyama

Retrouvé dans certaines herbes-aux-chats, le népétalactol fournirait aux chats une défense chimique contre les moustiques. La découverte pourrait expliquer pourquoi d’autres félins affichent des comportements similaires après avoir été exposés à ces plantes.

L’herbe-aux-chats est une expression qui regroupe plusieurs plantes provoquant un effet euphorisant sur certains félins, dont les chats, qui en reniflent, en mâchonnent, en lèchent ou se roulent carrément dedans. Les principales espèces sont la cataire (ou chataire (Nepeta cataria L.)) et le Matatabi (Actinidia polygama), une liane japonaise proche du kiwi. Ces effets euphorisants durent entre cinq à quinze minutes, puis les chats se reposent pendant environ une heure ou plus.

Il ne faut pas les confondre avec l’herbe à chats. En France, cette expression désigne en effet les jeunes pousses de diverses espèces graminées ou de souchets appréciées pour leurs vertus digestives et visant à satisfaire le besoin en végétaux des chats.

L’effet de ces plantes sur les chats est connu depuis des siècles, mais les scientifiques ne comprennent pas encore pleinement pourquoi. Nous savons que ces végétaux développent énormément de composés bioactifs, tels que l’isoiridomyrmécine, l’iridomyrmécine, l’isodihydronepetalactone et la dihydronepetalactone. Dans le cadre d’une étude récente, des chercheurs de l’Université japonaise d’Iwate se sont concentrés sur un autre composé : le népétalactol.

Un ingrédient actif très puissant

Dans le cadre de ces travaux publiés Science Advances, l’équipe a examiné la réponse de plusieurs félins à du papier filtre imbibé de népétalactol. Dans cet échantillon figuraient des chats de laboratoire, des chats sauvages, mais aussi des léopards, jaguars et lynx évoluant en captivité. Les chercheurs se sont également appuyés sur quelques chiens et des souris.

Alors que ces derniers n’ont affiché aucune réaction au composé, quasiment tous les félins de cette étude ont développé une réaction comportementale classique. Les scientifiques ont également étudié les réactions de ces animaux à certains des autres agents bioactifs trouvés dans les deux plantes, mais le népétalactol était bien le plus puissant.

Le groupe a également mesuré les niveaux d’endorphine des félins avant et après exposition, constatant que la réaction au népétalactol était régulée par leur système opioïde. Des niveaux élevés d’endorphines n’ont en effet été observés qu’après exposition au népétalactol. Lorsque les scientifiques ont supprimé ces récepteurs avec des médicaments, les félins n’ont également plus développé leurs comportements caractéristiques après avoir été exposés au produit chimique.

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Crédits : nhudaibnumukhtar/Pixabay

Un répulsif naturel contre les moustiques

Enfin, les chercheurs ont également constaté que les félins dont la fourrure avait été recouverte de népétalactol attiraient beaucoup moins les moustiques que les autres (dans certains cas, jusqu’à deux fois moins), en particulier l’espèce A. albopictus. D’après les auteurs, ces résultats montrent que le népétalactol fonctionne bien comme un répulsif naturel contre ces insectes.

Le népétalactol avait déjà été associé à une activité antimoustiques, mais ces données sont les premières à le confirmer“, écrivent les auteurs.

Reste à savoir si cette solution antimoustiques a motivé en premier lieu ces comportements ou s’ils ne sont qu’un “effet secondaire”. Masao Miyazaki, principal auteur de l’étude, pencherait pour la première option.

Ce dernier rappelle en effet que de nombreux félins “comptent sur la furtivité pour traquer et tendre une embuscade à leur proie“, les obligeant à rester silencieux et immobiles. Aussi, “un répulsif réduisant leur sensibilité à la fois à l’irritation des moustiques piqueurs et aux maladies véhiculées par ces insectes vecteurs est susceptible de fournir un avantage sélectif“.

D’après ce chercheur, ceci expliquerait donc pourquoi cette caractéristique a été conservée par de nombreuses espèces de félins. En revanche, cela n’explique pas pourquoi le comportement n’a évolué que chez les félins. Des travaux futurs pourraient permettre de répondre à cette question. Il serait également intéressant de savoir si le népétalactol peut aussi agir contre A. aegypti, le moustique responsable de la propagation de la fièvre jaune, de la dengue et du virus Zika.