in

La hausse du niveau des mers risque d’atteindre 5 mètres du seul fait de l’Antarctique

Image d'illustration. Crédits : NASA.

De nouveaux travaux de modélisation ont montré que si l’évolution actuelle du climat se poursuit jusqu’en 2100, la calotte antarctique pourrait contribuer jusqu’à plus de cinq mètres à l’élévation du niveau des mers les siècles suivants. Ces résultats, qui ne tiennent pas compte de la hausse liée à la fonte de l’inlandsis groenlandais et des glaciers de montagne, ont été publiés dans le Journal of Glaciology.

Un peu comme un glaçon sorti du congélateur, les glaciers et les calottes glaciaires mettent un certain temps à se réajuster lorsque leur environnement se réchauffe rapidement. Si le retour à l’équilibre prend quelques minutes pour le glaçon, il s’évalue en décennies pour les glaciers et en siècles, voire en millénaires pour les inlandsis du Groenland et de l’Antarctique.

Comprendre comment ces énormes masses de glace se réajusteront au réchauffement actuel est un enjeu majeur pour les centaines de millions de personnes vivant près des côtes et dont le nombre ne cesse de croître. En effet, l’élévation du niveau des mers attendue à la fin du siècle est loin de représenter la hausse totale que nous engagerions si les émissions mondiales de gaz à effet de serre n’étaient pas rapidement réduites.

Vers une hausse du niveau des mers de plusieurs mètres

Dans ce contexte, une équipe de chercheurs a récemment entrepris d’évaluer la réponse de la calotte glaciaire de l’Antarctique (la plus vaste) à un climat plus ou moins réchauffé et maintenu à ce niveau pendant plusieurs siècles. Autrement dit, les conditions climatiques atteintes en 2100 sont considérées comme constantes jusqu’au prochain millénaire afin de permettre à l’inlandsis d’atteindre son nouvel équilibre.

antarctique niveau des mers
Contribution de la calotte antarctique à la hausse du niveau moyen des mers entre 2000 et 3000 selon quatorze scénarios de réchauffement non maîtrisé (RCP 8.5) et 3 maîtrisé (RCP 2.6). Sous le graphique, une illustration des changements d’élévation de la calotte (en mètres par rapport à 2015) pour la moyenne des simulations en scénario non maîtrisé. Crédits : Christopher Chambers & coll. 2021.

Prolongement des simulations effectuées dans le cadre du sixième projet d’intercomparaison des modèles de calottes polaires (ISMIP6), l’étude montre qu’avec un réchauffement non maîtrisé, la contribution de la calotte antarctique à l’élévation du niveau des mers s’échelonne de 1,5 à plus de 5 mètres d’ici l’an 3000, la moyenne se situant autour de 3,5 mètres. À l’inverse, si une action forte et coordonnée est rapidement mise en place, cette contribution se chiffrerait à seulement quelques dizaines de centimètres.

Par ailleurs, l’inlandsis de l’Antarctique de l’Ouest s’effondre de façon systématique dans les scénarios de réchauffement non maîtrisé. L’on doit cette sensibilité élevée au fait que la calotte occidentale repose sur un socle rocheux essentiellement situé sous le niveau de la mer contrairement à la calotte orientale. Ainsi, elle est soumise à des instabilités dynamiques qui, une fois un certain seuil de réchauffement franchi, entraînent une dislocation en plusieurs étapes profondément irréversibles.

Contributions de l’Antarctique de l’Ouest (WAIS) de l’Est (EAIS) et de la péninsule à la hausse du niveau des mers d’ici l’an 3000 pour un scénario non maîtrisé (haut) et maîtrisé (bas). Crédits : Christopher Chambers & coll. 2021.

Des conséquences multiséculaires qui dépendent de nos actions présentes

Les résultats obtenus sont basés sur le modèle SICOPOLIS (acronyme anglais pour SImulation COde for POLythermal Ice Sheets). Au total, ce sont quatorze simulations qui ont été effectuées dans le scénario du réchauffement non maîtrisé et trois dans le cadre du réchauffement maîtrisé. En effet, plus le climat se réchauffe, plus l’incertitude est grande, ce qui nécessite un plus grand nombre de simulations pour encadrer la plage des possibles. Enfin, notons que ces travaux ne prennent pas en compte l’élévation associée à la fonte des glaciers de montagne ni celle associée au retrait de l’inlandsis groenlandais.

« Cette étude démontre clairement que l’impact du changement climatique du 21e siècle sur la calotte glaciaire de l’Antarctique s’étend bien au-delà du 21e siècle lui-même et les conséquences les plus graves ne seront probablement visibles que plus tard », résume Christopher Chambers, auteur principal du papier. « Les travaux futurs incluront des simulations basées sur des scénarios plus réalistes, ainsi que l’utilisation d’autres modèles de calotte glaciaire pour en modéliser les conséquences ».