in

Quand les guêpes menacent la sécurité aérienne

Crédits : bilaleldaou/pixabay

Les risques de collision entre oiseaux et avions sont bien connus en aéronautique, mais sachez que certaines guêpes peuvent également poser problème. Comment ? En construisant leur nid dans les tubes de Pitot. Et d’après une récente étude, le phénomène est beaucoup plus courant qu’on ne le pense.

Pachodynerus nasidens, autrement appelée la guêpe “trou de serrure”, est une espèce de guêpe maçonne retrouvée aux États-Unis, en Amérique du Sud et en Australie qui est connue pour construire ses nids dans de minuscules trous. Certaines investissent les prises électriques ou les serrures, d’où leur nom, quand d’autres, selon les lieux où elles évoluent, préfèrent les tubes de Pitot (ou simplement Pitot). Or en aéronautique, ce sont ces instruments qui permettent de déterminer la vitesse relative d’un avion par rapport à son environnement.

Un vrai problème

Nous sommes le 21 novembre 2013. Un Airbus A330-200 se prépare à décoller de l’aéroport de Brisbane, en Australie. Les pilotes remarquent alors plusieurs lectures de vitesse anormales. Ils s’arrêtent et font demi-tour. Deux heures plus tard, l’avion est de nouveau autorisé à décoller. Soudain, d’autres lectures de vitesse anormales réapparaissent juste avant que l’appareil ne quitte le sol. Incapables de s’arrêter, les pilotes n’ont d’autre choix que de poursuivre le décollage.

Une fois dans les airs, toujours le même problème. Les pilotes lancent finalement un appel de détresse et font demi-tour pour atterrir. Lors de l’inspection de l’appareil, les restes de ce qui ressemblait à une guêpe sont alors trouvés dans l’un des tubes Pitot.

Qu’un petit insecte puisse menacer la sécurité d’un appareil et de ses occupants pourrait paraître improbable. Pourtant, cela semble s’être déjà produit.

En février 1996, un Boeing 757 (vol Birgenair 301) s’est écrasé peu de temps après son décollage de République dominicaine, tuant au passage les 189 passagers et membres d’équipage à bord. Après enquête, il est ressorti que les pilotes avaient mal évalué la vitesse de l’avion en raison de lectures anormales proposées par le Pitot. Le dysfonctionnement a été imputé à une guêpe, mais la sonde n’ayant jamais été retrouvée, la théorie n’a jamais été officiellement prouvée.

guêpes
Une guêpe construit son nid dans l’ouverture d’un Pitot. Crédits : House et al., 2020/PLOS ONE

Un phénomène très courant

Comme le soulignent ces nouveaux travaux dirigés par Alan House, biologiste à l’Eco Logical Australie, ce problème semble beaucoup plus courant qu’on ne le pense. De novembre 2013 à avril 2019, l’aéroport de Brisbane a en effet signalé 26 incidents liés à ces insectes, dont certains ont entraîné des procédures d’urgence. Et si les autorités compétentes maîtrisent assez bien les menaces proposées par d’autres formes de vie animale comme les oiseaux, celle des guêpes reste encore très sous-évaluée.

Dans le cadre de cette nouvelle étude, les biologistes ont donc cherché à combler ces lacunes. Pour ce faire, House et son équipe ont imprimé en 3D plusieurs répliques de Pitot qu’ils ont ensuite placées à quatre endroits stratégiques autour de l’aéroport de Brisbane. Au cours de cette enquête, menée sur 39 mois, les chercheurs ont relevé pas moins de 93 nids.

Ils ont également constaté que seule cette espèce (Pachodynerus nasidens) utilisait ces instruments pour s’installer. Enfin, ils ont relevé que la nidification avait lieu quasiment tous les mois de l’année, avec tout de même un pic enregistré pendant les mois d’été, lorsque les températures étaient comprises entre 24 et 31 degrés Celsius.

Concernant la manière dont les responsables des aéroports et des compagnies aériennes pourraient gérer le problème, le chercheur souligne que le simple fait de couvrir ces instruments devrait empêcher les guêpes de les investir. Il propose également la mise en place de pièges visant à réduire les populations de guêpes dans les aéroports.