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La plus grosse tâche solaire depuis 24 ans

Crédits : NASA

La région active la plus étendue depuis 24 ans continue de produire d’énormes éruptions solaires. Trois éruptions de classe X ont été enregistrées en moins de 48 heures les 25 et 26 octobre. La classe X regroupe les éruptions les plus intenses, et forme une échelle linéaire ; une éruption de classe X2 est 2 fois plus intense qu’une de classe X1, une de classe X3 3 fois plus intense. La plus puissante jamais observée, de classe X28 l’a été en 2003 et ce sont six éruptions importantes qui ont été observées depuis le 19 octobre, allant jusqu’à la classe X3. La région de laquelle ces éruptions originent, AR2192, est exceptionnelle par son étendue et son activité.

Les éruptions sont créées par une instabilité du plasma de la couronne qui se réchauffe pour passer de 10 à 100 millions de degrés Celsius, en émettant des rayons X dont l’intensité permet de classer les éruptions en classes. Ces émissions X ne sont pas dangereuses à la surface de la Terre, grâce à l’atmosphère qui les absorbe. Elles peuvent toutefois perturber l’ionosphère, une région située de 85 à 600 kilomètres d’altitude, ce qui peut entrainer des problèmes pour les communications radio. Ces puissants rayonnements posent aussi un danger aux astronautes et aux satellites en orbite autour de notre planète. Le réchauffement de cette couche – une conséquence courante de ces rayonnements – peut augmenter la friction entre les satellites en orbite basse et l’atmosphère résiduelle, entraînant une perte d’altitude plus rapide, ce qui les force à utiliser leurs moteurs pour se maintenir et diminue donc leur durée de vie.

Des éjections de masse coronale sont souvent associées aux éruptions. Ce sont d’énormes quantités de plasma qui sont éjectées de l’atmosphère solaire à très grande vitesse, typiquement de 100 à 2500 kilomètres par seconde, suite aux mêmes types  d’instabilités dans le champ magnétique qui entrainent l’échauffement à l’origine des éruptions solaires. Des observatoires spatiaux, placés sur la même orbite autour du Soleil que la Terre permettent de reconstituer une vue tridimensionnelle de ces éjections, et ainsi de déterminer leur direction et vitesse afin de prédire l’arrivée de particules chargées dans le voisinage de la Terre. Ces particules, si elles sont à l’origine de superbes aurores, peuvent aussi poser des problèmes. Leur passage induit de puissants champs magnétiques, qui entrainent parfois des surcharges dans les réseaux électriques. Pendant la tempête géomagnétique de 1989, le réseau d’Hydro-Québec avait subi une coupure de courant de 9 heures. Durant cette même tempête, des aurores avaient pût être observées jusqu’au Texas. En 1859, ce sont les câbles télégraphiques qui ont été parcourus par de forts courants induits, causant des incendies et électrocutant des opérateurs.

Une éjection de masse coronale observée en 2012 par SOHO et SDO. Comme on peut le voir à 1:17, ces éjections peuvent former des panaches plusieurs dizaines de fois plus grands que le diamètre du Soleil.

L’état du soleil peut être suivi en direct sur le site de la NOAA, l’agence météorologique fédérale américaine. De superbes vidéos du Soleil en activité sont disponibles sur la chaîne Youtube de SDO, et sur helioviewer.org.

source : nasa.gov

– Illustration : L’éruption solaire, capturée par SDO. La tâche en bas à droite représente une émission très intense dans l’ultraviolet / NASA