Ces grenouilles femelles simulent leur propre mort pour échapper au sexe

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Crédits : slowmotiongli/istock

Les grenouilles rousses européennes sont connues pour être des reproducteurs « explosifs », se rassemblant par dizaines pour s’accoupler dans des étangs. Malheureusement, il arrive parfois que des femelles trouvent la mort pendant le processus. Selon une nouvelle étude, ces dernières auraient ainsi développé plusieurs techniques pour éviter l’accouplement.

Conflit sexuel

Les différences dans les stratégies de reproduction entre les mâles et les femelles peuvent conduire à des conflits où les intérêts des deux sexes ne sont pas alignés. Dans le cas des grenouilles rousses européennes (Rana temporaria), ces conflits sexuels peuvent avoir des conséquences importantes. Chez cette espèce, plusieurs mâles peuvent en effet s’accrocher à une femelle pendant la reproduction, ce qui peut entraîner des risques pour sa survie en raison du poids de ses prétendants.

Naturellement, ces conflits sexuels peuvent également avoir des conséquences évolutives. Au fil du temps, les mécanismes de reproduction ont en effet la possibilité d’évoluer pour réduire les coûts et les risques associés à ces conflits. De manière générale, les femelles peuvent développer des mécanismes de défense pour échapper aux mâles indésirables, tandis que les mâles peuvent évoluer pour devenir plus sélectifs dans leur choix de partenaires.

Cependant, jusqu’à présent, il apparaissait que les femelles de cette espèce en particulier n’avaient développé aucun moyen de rejeter les mâles indésirables. Une étude récente en a finalement trouvé plusieurs.

Trois méthodes

Dans le cadre de ces travaux, une équipe dirigée par Carolin Dittrich, du Musée d’histoire naturelle de Berlin, a collecté des grenouilles rousses mâles et femelles dans un étang pendant la saison de reproduction et les a divisées dans des réservoirs remplis d’eau, de sorte que chaque réservoir contenait deux femelles et un mâle. Les chercheurs ont ensuite filmé les grenouilles pendant une heure.

Résultat, lorsque les mâles saisissaient les femelles, 83 % de ces dernières se retournaient sur le dos en réponse. Cette réaction peut avoir pour effet de dissuader le mâle ou de l’inciter à lâcher prise, car il est difficile pour lui de maintenir une position d’accouplement avec une femelle retournée sur le dos.

Les chercheurs ont également noté que 48 % des femelles émettaient des grognements et des grincements en réponse à l’accouplement. Les grognements imitent les cris de libération que les grenouilles mâles émettent habituellement pour empêcher d’autres mâles de les monter. Cela suggère que les femelles tentent de signaler aux autres mâles qu’elles se sont déjà accouplées. Cependant, le rôle des grincements à hautes fréquences n’a pas été déterminé.

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Une grenouille rousse européenne. Crédits : davemhuntphotography/istock

Certaines grenouilles semblent « faire le mort »

Enfin, il est ressorti de cette étude qu’environ un tiers des femelles restaient immobiles avec les membres tendus pendant environ deux minutes après avoir été montées par un mâle. Les chercheurs ont noté que cela semblait similaire à un comportement de « mort apparente », bien que son caractère conscient ou automatique ne soit pas clairement établi. Il est possible que ce comportement soit une réponse au stress lié à l’accouplement.

« Plutôt que d’être passives et impuissantes, nous constatons que les femelles peuvent utiliser trois stratégies clés pour éviter les mâles avec lesquels elles ne veulent pas s’accoupler – soit parce qu’elles ne sont pas prêtes à se reproduire, soit parce qu’elles ne veulent pas s’accoupler avec un certain mâle« , notent les auteurs.

Les plus jeunes sont plus farouches

Les grenouilles femelles plus petites, qui sont généralement plus jeunes, étaient les plus susceptibles d’utiliser les trois stratégies de dissuasion, tandis que les femelles plus grandes, probablement plus âgées, étaient moins susceptibles de simuler leur propre mort.

De ce fait, les premières échappaient généralement mieux aux avances d’un mâle que les secondes. Il se pourrait que les femelles plus jeunes, qui ont vécu moins de saisons de reproduction, soient plus stressées lorsqu’elles sont montées par des mâles, ce qui les amènerait à réagir plus fortement, avancent les chercheurs.

Ces réactions illustrent la complexité des interactions reproductives chez les amphibiens. Le comportement de reproduction est influencé par une variété de facteurs, notamment la compétition entre mâles, la sélection sexuelle et les adaptations pour maximiser la réussite de la reproduction. Le comportement de ces femelles pourrait avoir été façonné par des pressions de sélection pour minimiser le risque de fécondation non souhaitée ou de compétition excessive entre mâles.

Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Royal Society Open Science.