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Grêle « gargantuesque » : cette nouvelle catégorie proposée après l’étude d’énormes grêlons argentins

Crédits : Victoria Druetta.

Après avoir étudié un épisode de grêle géante survenu en Argentine en février 2018, une équipe de chercheurs a proposé une nouvelle catégorie de grêle. Celle dite gargantuesque. Plus précisément, elle concerne les grêlons dont la taille se situe à la limite supérieure de ce que les orages sont physiquement capables de produire (>15 centimètres en surface). 

Villa Carlos Paz – province de Córdoba en Argentine -, le 8 février 2018. Alors que des orages parfois violents sont annoncés par la météorologie nationale, rien ne présage de ce que la nature est réellement en train de préparer. De l’inédit.

En fin d’après-midi, le ciel prend des allures de plus en plus chaotiques à l’approche d’une cellule orageuse en provenance du sud-ouest. Le tonnerre gronde, le ciel bouillonne d’encre noire. Mais la pluie se fait curieusement attendre. Le calme avant la tempête ? Ce jour-là, il s’est trouvé que oui. Sans prévenir, d’inquiétants bruits semblables à des déflagrations alertent les habitants de la ville. Le vent fait-il son cirque ? La végétation est pourtant loin de s’agiter.

grêle radar
Structure orageuse responsable de l’épisode de grêle à Villa Carlos Paz (indiquée par une étoile blanche) et alentours. Il s’agit d’images radar de basse couche. Plus précisément, les valeurs élevées indiquent une forte densité de précipitations. La ville passe en plein sous le courant ascendant rotatif. La séquence d’images s’étire de 18 heures 27 – heure locale – à 19 heures 35. Crédits : Matthew R. Kumjian & al. 2020.

Tandis que le vacarme redouble, la population prend rapidement conscience de ce qui se joue vraiment derrière les fenêtres. À l’image de la scène culte du Jour d’Après, d’énormes blocs de glace épars s’échouent à même le sol avant d’éclater en plusieurs morceaux. Ceux qui tombent sur les bâtiments ou les véhicules font de sérieux dégâts : vitres brisées, carrosseries enfoncées, toits perforés, etc. D’autres atterrissent sur un substrat plus meuble et restent entiers. Quelques villageois habiles en préserveront certains, aujourd’hui encore archivés dans leur congélateur.

Un épisode météorologique mémorable

Cet épisode de grêle impensable restera dans les mémoires. D’autant que son occurrence au niveau d’une ville densément peuplée a donné lieu à de nombreux témoignages photos et vidéos. Ainsi qu’au scan de la structure de l’orage par le radar météorologique local. Il n’en a pas fallu plus pour qu’une équipe de chercheurs décide d’enquêter sur ces énormes grêlons dans les mois qui ont suivi. L’événement se révélant être le cas le mieux documenté de grêle géante en dehors des États-Unis. Les scientifiques se sont rendus sur place afin d’interroger les témoins, observer les dégâts résiduels. Et bien sûr, effectuer des mesures.

Les résultats de ces travaux ont été publiés le 30 avril 2020 dans le Bulletin of the American Meteorological Society. « C’est incroyable » s’étonne encore Matthew Kumjian, auteur principal de l’étude. « C’est vraiment l’extrémité supérieure de ce que vous pouvez attendre en taille de grêlon ».

L’un de ceux étudiés par l’équipe surpasserait même le record mondial avec un diamètre maximal estimé entre 19 et 24 centimètres. Toutefois, l’absence de mesure directe – il s’agit d’une estimation par photogrammétrie – ne permet pas de le mettre en lice avec le bloc de glace de 20,3 centimètres de diamètre tombé à Vivian (Dakota du Sud) en juillet 2010. Au passage, notons que ces chutes exceptionnelles sont probablement plus courantes qu’on ne le pensait. Toutefois, elles restent extrêmement rares comparées à celles composés de grêlons de 10 centimètres ou moins.

Illustration d’un grêlon tombé le 8 février 2018 à Villa Carlos Paz. Son diamètre maximal a officiellement été mesuré à 18 centimètres pour un poids de 422 grammes. Notez les aspérités des amas de glace. Crédits : Matthew R. Kumjian & al. 2020.

La grêle gargantuesque garde son lot de mystères

Les estimations photogrammétriques comme les mesures directement effectuées sur des échantillons conservés témoignent du caractère exceptionnel de l’épisode. En particulier compte tenu du fait qu’aucun élément précurseur n’a été détecté. Ni sur les observations radars de la cellule orageuse, ni sur les simulations numériques qui ont reproduit après-coup l’épisode du 8 février 2018. La seule spécificité de l’orage étant son caractère supercellulaire. C’est-à-dire, formé d’un courant ascendant présentant une forte composante rotative. Or, si ce type d’orage est connu pour produire de gros grêlons, la supercellule en cause était finalement assez classique.

Dans leur papier, les scientifiques proposent une nouvelle appellation pour les grêlons dont le diamètre maximal dépasse 15 centimètres : la grêle gargantuesque. « La nouvelle catégorie proposée souligne la taille extrême et le potentiel destructeur d’une telle grêle et encourage son signalement comme sa documentation dans d’autres cas pour mieux comprendre les processus capables de produire un tel aléa » relate le papier.

Les auteurs concluent leur étude en indiquant qu’ils « encouragent les bureaux de prévisions locaux, les météorologues et les gestionnaires des urgences à communiquer avec le public et à le sensibiliser en cas de convection sévère ». Ceci afin de « mieux documenter l’occurrence de grêle gargantuesque, comprenant l’heure exacte et l’emplacement de la chute de grêle et des mesures précises de la taille des grêlons. En particulier, de la masse. Cette documentation facilitera une meilleure compréhension des orages capables de produire une telle grêle ».

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