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Une greffe de selles peut rajeunir le cerveau des vieilles souris

Crédits : Laboratoire Jackson

Une étude menée chez la souris suggère que les transplantations de matières fécales (et les bactéries qui vont avec) pourraient inverser certains aspects du déclin cognitif lié à la vieillesse en rajeunissant le microbiome intestinal.

Nos intestins contiennent des milliards de bactéries jouant un rôle crucial dans la digestion des aliments. Elles permettent également de nous maintenir en bonne santé. Au fil du temps, le processus de vieillissement entraîne des altérations dramatiques de notre microbiote intestinal. Cela fragilise les populations âgées, altérant les capacités cognitives permettant de se souvenir ou de prêter attention.

Nous savons que plusieurs moyens permettent de ralentir ce déclin cognitif comme les pratiques d’activités sportives et intellectuelles. Dans le cadre d’une étude récente, une équipe de chercheurs s’est penchée sur une autre approche : la transplantation de matières fécales d’individus plus jeunes.

Transfert de bactéries

Pour ces travaux, dont les résultats sont publiés dans Nature Aging, des neuroscientifiques de l’University College Cork (Irlande) ont transplanté des selles de souris âgées de trois à quatre mois (équivalent à dix-huit ans chez les humains) dans les intestins de souris âgées de dix-neuf à vingt mois (environ soixante-dix ans chez les humains). Après un certain temps, les bactéries fécales transplantées ont colonisé les intestins des rongeurs plus âgés.

Pour analyser la manière dont les microbes intestinaux pouvaient avoir affecté le cerveau de ces rongeurs, les chercheurs ont placé les souris dans un labyrinthe de Morris, un dispositif aquatique circulaire souvent utilisé en neurosciences comportementales pour évaluer la mémoire des rongeurs.

Concrètement, l’animal apprend à localiser en un essai la position journalière d’une plateforme immergée lui permettant de se sortir de l’eau (qu’il déteste). Le rongeur est ensuite relâché dans la piscine après un délai de rétention et doit utiliser l’information qu’il a gardée en mémoire concernant la disposition de la plateforme par rapport à celle de différents signaux environnementaux.

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Illustration d’une piscine de Morris. Crédits : Samueljohn.de

Une vraie différence

Dans le cadre de ces travaux, les souris plus âgées ayant bénéficié d’une greffe fécale ont effectivement trouvé la plateforme d’évacuation plus rapidement que les souris âgées du groupe témoin, et quasiment aussi rapidement que les souris plus jeunes. Autrement dit, leurs capacités de mémorisation avaient été restaurées.

En outre, les effets de la greffe de matière fécale pouvaient également être observés dans la physiologie du cerveau. En examinant celui des souris plus âgées, les chercheurs ont en effet découvert que leur hippocampe (la région associée à la formation et au stockage des souvenirs) ressemblait à celui des plus jeunes souris. Ces transplantations avaient donc aidé à inverser les effets neurodégénératifs normalement observés dans le cerveau.

« Cette étude est vraiment une preuve de concept« , souligne John Cryan, principal auteur de l’étude, à The Scientist. « Si le microbiome joue un rôle causal dans le vieillissement du cerveau, alors nous devrions pouvoir prélever le microbiome sur de jeunes animaux, le donner à de vieux animaux et inverser ou atténuer certains des effets du vieillissement« .

Il convient toutefois de noter que cette étude n’a été menée que sur des souris mâles. En outre, rien ne dit que ces résultats pourront également se traduire chez l’Homme, mais il y a de bonnes raisons d’y croire.

Récemment, des scientifiques ont notamment découvert que les enfants atteints de troubles du spectre autistique bénéficiant d’une greffe de selles présentaient une réduction de 45 % des principaux symptômes des TSA (langage, interaction sociale et comportement).