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La Grande muraille verte au Sahel pourrait avoir des effets plus profonds

Crédits : Madalin Olariu

L’objectif du projet de Grande muraille verte au Sahel est de planter des millions d’arbres pour lutter contre la désertification. Néanmoins, des chercheurs québécois estiment que ce projet pourrait générer des effets inattendus et parfois même négatifs.

Un projet très ambitieux

En 2017, nous évoquions un projet de l’Union Africaine visant à ériger une barrière de forêt au Sahel sur une distance de 7 800 km sur 15 km de large. Lancée en 2008, la Grande muraille verte destinée à empêcher l’extension du Sahara vers le sud n’est achevée qu’à hauteur de 15 % seulement.  Il faut dire que l’objectif est très ambitieux puisqu’il est question de planter des millions d’arbres dans la zone d’ici 2030. Toutefois, un récent apport de vingt millions de dollars représente une véritable source d’espoir pour l’avancement du projet.

Restaurer la biodiversité, stocker du carbone et offrir des avantages socio-économiques aux populations locales sont d’autres effets attendus, au-delà de la volonté de stopper la désertification. Seulement, voilà, ce projet de géo-ingénierie climatique pourrait avoir des effets inattendus et parfois même négatifs, comme le suggère une étude de l’Université du Québec à Montréal (Canada) détaillée lors d’une conférence le 14 décembre 2021.

carte sahel grande muraille verte
Le Sahel (en orange) et le tracé de la Grande muraille verte (en vert). Crédits : Sevgart / Wikipedia

De multiples effets, dont certains interrogent

Les scientifiques disent avoir utilisé des simulations informatiques à haute résolution pour leurs travaux. Ils ont ainsi démontré que les effets de la Grande muraille verte sur le climat à toutes les échelles pourraient être plus profonds que ceux attendus par les meneurs du projet. Nous nous trouvons en effet dans un contexte de fort réchauffement climatique d’origine anthropique. La Grande muraille verte devrait ainsi générer une baisse de 1,5°C des températures moyennes dans la majeure partie des zones du Sahel. En revanche, les régions les plus chaudes devraient quant à elles évoluer dans le sens inverse avec une augmentation des températures moyennes de 1,5°C.

Les chercheurs évoquent également une forte augmentation des précipitations dans certaines zones. La raison n’est autre qu’une extension de la mousson ouest-africaine, doublée d’une intensification. Plus précisément, une augmentation de la végétation devrait générer un bassin d’humidité, intensifiant les cycles de l’eau. Cette même végétation va assombrir les surfaces et réduire les quantités de poussières dans l’atmosphère. Ainsi, plus de chaleur atteindra la surface et sera absorbée. Ces zones plus chaudes et plus humides par rapport aux océans voisins engendreront ainsi une différence de pression atmosphérique intensifiant les vents de mousson.

Or, pour les scientifiques, une mousson ouest-africaine plus intense pourrait déplacer vers l’ouest certains phénomènes de circulation atmosphérique. Cela pourrait alors influencer des phénomènes comme El Niño ou encore les typhons et autres tempêtes tropicales au niveau de leur trajectoire. Évidemment, ces projections se basent sur des scénarios très pessimistes. Les chercheurs désirent désormais travailler sur d’autres modèles plus optimistes, mais également mieux comprendre les évolutions passées du Sahara.