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Et si nous devions remercier la « chaude-pisse » pour l’amour de nos grands-parents ?

gonorrhée grand-parents
Crédits : skalekar1992/Pixabay

Également appelée chaude-pisse ou chtouille, la gonorrhée est une infection sexuellement transmissible qui touche surtout les hommes de moins de trente ans. Elle est due à une bactérie, le gonocoque, qui se transmet lors de rapports sexuels non protégés. A priori, la gonorrhée ne confère donc aucun avantage pour l’évolution de notre espèce. Et pourtant…

L’hypothèse de la grand-mère

Si la majorité des espèces animales sont capables de se reproduire tout au long de leur vie, certaines espèces ont développé la ménopause. Les humains sont concernés, tout comme les orques, les globicéphales, les narvals et les bélugas. L’une des raisons évolutives évoquées permettant d’expliquer le développement de ce trait est l’effet grand-mère, aussi appelé hypothèse de la grand-mère. Chez ces espèces, la nôtre inclue, les chercheurs se sont aperçus que les femmes ou femelles ménopausées jouaient un rôle très important pour la survie des petits-enfants.

Nous concernant, cependant, il n’a jamais été clair d’où cette capacité avait émergé, génétiquement parlant. Une étude publiée récemment dans la revue Molecular Biology propose une hypothèse à la fois déroutante et passionnante.

Des chercheurs de la faculté de médecine de l’Université de Californie avaient précédemment découvert un certain nombre de mutations génétiques humaines qui protègent les personnes âgées contre le déclin cognitif et la démence. Dans le cadre de cette nouvelle étude, ces derniers ont découvert que ces variantes de gènes utiles ont peut-être évolué en réponse à la lutte contre des agents pathogènes, notamment la gonorrhée.

Le gène CD33

En comparant les génomes humains et chimpanzés, les chercheurs ont  découvert que les humains possédaient une version unique du gène CD33 qui code pour un récepteur exprimé dans les cellules immunitaires. Dans le détail, un récepteur CD33 standard se lie à un type de sucre appelé acide sialique présent sur les cellules humaines. Ce processus permet au système immunitaire de reconnaître quelles cellules sont « sûres », protégeant ainsi notre corps des attaques. Cependant, toute cette machinerie biologique n’est pas parfaite.

Étant donné qu’il aide à protéger les cellules humaines contre les attaques auto-infligées, le récepteur CD33 dans les cellules immunitaires du cerveau empêche également notre système de défense de nettoyer les cellules endommagées et les plaques amyloïdes associées à la maladie d’Alzheimer.

En réponse, les humains ont développé une variante du gène CD33 avec des récepteurs qui ne réagissent pas aux acides sialiques sur les cellules et les plaques endommagées. Cette variante nous confère donc une certaine résistance contre la maladie d’Alzheimer en retardant autant que faire se peut le développement de la maladie.

Or, nous savons que Neisseria gonorrhoeae (la bactérie responsable de la gonorrhée) est également recouverte des mêmes sucres auxquels les récepteurs CD33 se lient. C’est pourquoi elles échappent à la détection du système immunitaire.

gonorrhée
Illustration de la bactérie Neisseria gonorrhoeae. Source : Freepik

Un heureux accident ?

Ce que proposent ici les chercheurs, c’est que la version mutée de CD33 pourrait avoir émergé comme une adaptation humaine en réponse à la gonorrhée. Autrement dit, sa capacité à protéger contre la démence serait de fait un « heureux accident » nous permettant de vivre une vie plus saine à mesure que nous vieillissons.

« Il est possible que CD33 soit l’un des nombreux gènes sélectionnés pour leurs avantages de survie contre les agents pathogènes infectieux au début de la vie, mais qui sont ensuite sélectionnés secondairement pour leurs effets protecteurs contre la démence et d’autres maladies liées au vieillissement« , précise Pascal Gagneux, principal auteur de l’étude.

En examinant les génomes des Néandertaliens ou des Denisoviens, nos plus proches cousins évolutifs, l’équipe a également souligné qu’il leur manquait cette fameuse version mutée de CD33. Nous pourrions ainsi imaginer que la protection contre la démence dont bénéficie Homo Sapiens aurait pu fournir un avantage utile face à nos parents hominidés disparus, permettant aux plus jeunes de profiter la sagesse et les soins de grands-parents en bonne santé.