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Géo-ingénierie solaire : entre utilité et danger, une question de dosage ?

Crédits : Pixabay.

Selon les travaux effectués par une équipe de chercheurs américains, la géo-ingénierie dite solaire pourrait être d’une utilité non négligeable dans la lutte contre le réchauffement climatique. À condition qu’elle soit utilisée avec parcimonie, dans les bonnes proportions. Les résultats ont été publiés dans la revue Environmental Research Letters ce 20 mars. 

Les techniques de géo-ingénierie solaire consistent à augmenter le pouvoir réfléchissant – i.e. l’albédo – du système climatique. Et ce faisant, induire un effet refroidissant qui compenserait le réchauffement dû à l’accumulation de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère. La plus connue d’entre elles vise à injecter des composés soufrés dans la stratosphère. Un peu à l’image de ce que font naturellement les grosses éruptions volcaniques.

Un sujet encore controversé

Toutefois, pour incurver de façon profonde la courbe des températures, l’épandage de particules devra se faire dans la durée. En effet, les aérosols sédimentent au bout de quelques années. De fait, si l’injection est événementielle comme c’est le cas lors d’une éruption volcanique, l’effet le sera aussi.

Ce type de technique pourrait être appliqué dans le cas où nous n’arrivions pas à limiter de manière suffisamment rapide nos rejets de GES. Le but étant de diminuer les symptômes le temps que des solutions soient trouvées en termes de réduction des émissions. Sur le plan technique et économique, la mise en place d’une telle entreprise se révèle être peu coûteux. Cependant, le sujet reste controversé. Et ce, pour des raisons aussi bien scientifiques que politiques ou éthiques.

géo-ingénierie Terre
Le but de la géo-ingénierie solaire est d’augmenter le pouvoir réfléchissant de notre planète. Ceci afin de compenser le réchauffement associé aux GES. Une technique à utiliser avec parcimonie. Crédits : Pxhere.

Ici, nous traiterons d’une remarque souvent mise en avant pour avertir du danger lié au recours à la géo-ingénierie solaire. Le point étant qu’il existe un risque notable de provoquer ici et là des fluctuations climatiques plus graves que celles attendues dans le cadre d’un réchauffement non contrôlé. On peut par exemple citer l’augmentation probable du nombre d’extrêmes dans certaines régions tropicales vulnérables.

Dans une étude parue le 20 mars dernier, des chercheurs se sont penchés sur la question en utilisant un modèle climatique de dernière génération. Aussi, les simulations effectuées permettent une représentation réaliste des injections d’aérosols dans la stratosphère.

Une question de dosage

« La plupart des études se concentrent sur un scénario où la géo-ingénierie solaire compense tout le réchauffement futur » détaille Peter Irvine, auteur principal du papier. « Bien que cela réduise considérablement le changement climatique global, nous montrons que dans ces simulations cela va trop loin à certains égards ». Selon les chercheurs, dans ce scénario près de 10 % de la superficie terrestre subirait des changements climatiques plus importants. En particulier en termes de modulation du cycle de l’eau régional.

géo-ingénierie
Régions où une réduction du réchauffement de 50 % par l’épandage de particules dans la stratosphère induit une exacerbation des changements (rouge) ou une atténuation (bleu). En outre, les divers symboles correspondent aux anomalies thermiques (T, Tx) et hydrologiques (PE, Px). Notez le faible nombre de régions affectées par un symbole rouge. Crédits : Peter J. Irvine & al. 2020.

« Cependant, si seulement la moitié du réchauffement est compensée, nous constatons que la géo-ingénierie (…) ne ferait qu’exacerber les changements climatiques sur 1,3 % de la superficie terrestre » poursuit Peter Irvine. « Nos résultats suggèrent que lorsqu’elle est utilisée à la bonne dose et en parallèle à la réduction des émissions de GES, la géo-ingénierie solaire peut être utile pour gérer les impacts du changement climatique ».

En outre, le scientifique ajoute que d’autres études seront nécessaires pour mieux évaluer les bénéfices et les risques associés à un tel projet. « (…) faut-il faire confiance aux modèles ? Les incertitudes sont profondes et aucun résultat isolé n’est fiable. Mais ce papier est une étape vers une modélisation plus réaliste de l’injection d’aérosols et ses conséquences régionales » note David Keith, co-auteur de l’étude.