Les gardiens de but perçoivent le monde différemment

gardiens de but
Hugo Lloris lors du match de Ligue des champions entre Tottenham et Leipzig. Crédits : Steffen Prößdorf

De nouvelles données scientifiques soutiennent l’idée que le cerveau des gardiens de but perçoit réellement le monde différemment. D’après ces travaux, leur cerveau semble capable de faire le tri plus rapidement dans les signaux perçus par leurs différents sens, ce qui pourrait soutenir leurs capacités uniques sur le terrain.

Un poste à part entière

Dans le monde du ballon rond, le poste de gardien de but est l’un des plus spécialisés, exigeant à la fois des compétences physiques et cognitives uniques. Contrairement aux autres joueurs de football, ils doivent en effet prendre des milliers de décisions très rapides basées sur des informations sensorielles limitées ou incomplètes.

Soupçonnant que cette capacité puisse dépendre d’une compétence accrue à combiner des informations provenant de différents sens, une équipe dirigée par l’ancien gardien de Premiere League irlandaise Michael Quinn, désormais spécialiste en neurosciences comportementales à l’université de Dublin, a recruté une soixantaine de gardiens de but professionnels, de joueurs de champ et des non-joueurs pour effectuer une série de tests.

L’objectif était de déterminer la capacité à distinguer les sons et les flashs de manière distincte au sein de ces trois groupes de personnes. De cette manière, les chercheurs ont pu estimer les fenêtres de liaison temporelle de chaque volontaire (la période pendant laquelle différents signaux sensoriels sont fusionnés dans le cerveau).

En effet, le cerveau est capable d’intégrer des signaux sensoriels provenant de différentes modalités sensorielles, telles que la vision, l’audition et le toucher. Ces signaux peuvent provenir de sources distinctes et le cerveau les traite pour former une expérience sensorielle cohérente. Par exemple, lorsque vous regardez un film, votre cerveau combine les informations visuelles et auditives pour créer une expérience cinématographique complète.

Cette intégration sensorielle est un processus complexe qui implique la coordination de différentes régions du cerveau.

gardiens de but
Crédits : FOTOKITA/istock

Un traitement d’informations plus rapide

Les tests ont révélé que les gardiens de but avaient une fenêtre de liaison temporelle plus étroite que les autres. Autrement dit, les différents signaux qu’ils reçoivent sont traités plus rapidement. Les gardiens ont également montré une plus grande tendance à séparer ces signaux sensoriels, ce qui peut provenir du besoin de prendre des décisions rapides basées sur des informations visuelles et auditives survenant à des moments différents.

« Être gardien de but est avant tout une quête multisensorielle. Cela ne nécessite pas seulement des informations visuelles, mais aussi des informations auditives. Dans certains cas, ils ne peuvent même pas voir le ballon du tout et ne peuvent que deviner où il pourrait finir« , rappelle le chercheur. « Ce que nous pensons, c’est que les gardiens optent essentiellement pour le sens qui leur fournit les informations le plus rapidement« .

Cependant, il n’est pas encore clair si ces différences proviennent des programmes d’entraînement rigoureux des gardiens de but professionnels ou d’une capacité naturelle qui attire les jeunes joueurs vers ce poste particulier. Des recherches supplémentaires seront donc nécessaires pour y voir plus clair.

Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Current Biology.