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Augmentation des cas de démence : un futur qui interroge

Crédits : Chaay_Tee / iStock

En trois décennies, le nombre de personnes atteintes de démence va subir une forte augmentation. Or, si des actions sont prévues pour prévenir la situation, le contexte actuel est très préoccupant. Nos sociétés ne sont en effet pas préparées à une telle hausse.

Bénéficier au maximum d’une vieillesse autonome

Selon une étude publiée dans la revue The Lancet en janvier 2022, pas moins de deux millions de Français seront atteints par un trouble de la démence d’ici à 2050, soit une augmentation de 82 % depuis 2019. Il faut dire que progressivement, les baby-boomers entrent dans le troisième âge. Or, les progrès de la médecine nous font vivre plus longtemps et nous rendent donc dépendants plus longtemps. Malheureusement, il faut également composer avec des maladies qui tuaient auparavant.

En France, les biens et les services aux personnes âgées représentent aujourd’hui un marché en plein essor. Les progrès sont donc présents, avec des innovations dans l’aide à la mobilité, les soins à domicile ou encore la télésurveillance. L’objectif est de bénéficier au maximum d’une vieillesse autonome. Or, ces moyens permettent de répondre aux besoins de la démence dans ses prémices. En revanche, ce n’est plus le cas lorsque l’anxiété et la confusion deviennent des symptômes très lourds, et donc ingérables à distance.

Les aidants familiaux en danger

L’augmentation des cas de démence pose également la question des aidants familiaux, plus précisément en ce qui concerne leur condition. Certaines personnes vont accompagner leur proche jusqu’à la fin, mais peuvent également tomber malades. Autrement dit, les aidants peuvent être influencés par la maladie du proche en question, son évolution et son terme. Ici, l’attachement émotionnel et le contexte familial et social entrent en compte, sans oublier que pour garder à domicile une personne atteinte de troubles cognitifs, il est nécessaire de disposer de temps et d’argent.

Parfois, les aidants peuvent même s’oublier eux-mêmes et certains sont également en âge d’être dépendants. Évoquons également le fait que certains individus peuvent décéder avant la personne dont ils prennent soin, comme l’indique un article publié par Slate rédigé dans le cadre du concours Union is Strength de l’Union européenne.

En 2018, un sondage BVA stipulait que 82 % des aidants consacrent au moins vingt heures par semaine en moyenne à leurs proches. Or, 37 % des interrogés déclarent ne bénéficier d’aucune aide extérieure alors qu’ils sont eux-mêmes assez âgés. De plus, les systèmes de télésurveillance engendrent de l’anxiété chez les aidants, ceux-ci ayant tendance à regarder continuellement les écrans de caméras.

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Crédits : PIKSEL / iStock

Faut-il renforcer les moyens humains ?

En Europe, le projet Monument a pour but de donner un peu de répit aux aidants, et donc de les préserver. Ainsi, sont testées les maisons Odense en France, en Belgique, aux Pays-Bas ainsi qu’au Royaume-Uni. Cela permet de réduire la charge des aidants, mais également de proposer des activités afin de permettre un meilleur vivre ensemble au quotidien. Ces structures intègrent aussi plusieurs technologies telles que les montres GPS et autres détecteurs de chutes.

Si les moyens technologiques visant à donner plus d’indépendance et de confort aux personnes atteintes de démence méritent de l’attention, l’importante perte de dignité et de bien-être est indéniable lorsque l’autonomie n’est plus possible, en raison d’une présence plus intense des symptômes.

Et si en réalité, la véritable innovation était incarnée par les moyens humains ? En EHPAD, les personnes atteintes de démence sont parfois dénigrées et l’accompagnement est presque seulement d’ordre médicamenteux. En effet, le but est de calmer ces personnes qui sont très souvent angoissées. Pourtant, le manque de personnel représenterait le réel cœur du problème. Pour de nombreux professionnels, les machines et autres technologies, bien que très utiles, ne remplaceront jamais l’humain, sa capacité à rassurer ainsi que son expertise.