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Au menu il y a 2700 ans dans ces mines ? De la bière et du fromage bleu

Crédits : Free-Photos/Pixabay

Des chercheurs ont récemment analysé d’anciens échantillons fécaux (ou paléofécès) préservés dans les mines de sel préhistoriques de Hallstatt-Dachstein/Salzkammergut, en Autriche, certains ayant été libérés il y a plus de 2 700 ans. À l’intérieur, ils ont identifié la présence de deux espèces fongiques utilisées dans la production de fromage bleu et de bière.

L’analyse des paléofèces

Les paléofèces sont des excréments anciens naturellement préservés que l’on trouve parfois certains environnements spécifiques comme les grottes sèches et autres zones désertiques grâce au processus de dessiccation et aux concentrations élevées de sel. Les environnements gorgés d’eau et autres habitats gelés peuvent également les préserver.

Des études antérieures ont déjà montré que ce matériel paléofécal peut encore contenir des macro et micro-fossiles de végétaux, des parasites et même d’anciennes biomolécules (ADN, protéines ou métabolites). Les chercheurs peuvent alors s’appuyer sur l’analyse de ces matières pour étudier les schémas nutritionnels préhistoriques ou même la composition globale du microbiome intestinal de nos ancêtres.

Les mines de sel protohistoriques de Hallstatt-Dachstein/Salzkammergut, en Autriche, sont l’un des rares sites archéologiques où l’on peut trouver des matières fécales bien conservées. Le site offre également l’un des enregistrements les plus anciens et les plus continus au monde d’extraction de sel souterraine. Nous savons en effet que l’exploitation minière souterraine à grande échelle dans ces montagnes remonte au moins au 14e siècle av. J.-C. (âge du bronze tardif).

Cela étant dit, une équipe de chercheurs du Musée d’histoire naturelle de Vienne a récemment analysé plusieurs échantillons de matières fécales retrouvées dans ces mines, dont certains ont au moins 2 700 ans.

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Plusieurs échantillons de paléo-excréments des mines de sel de Hallstatt analysés dans cette étude. Crédits : Eurac Research/Frank Maixner.

Du bleu et de la bière au menu

Des analyses microscopiques, métagénomiques et protéomiques approfondies ont permis d’identifier les restes de plusieurs céréales (principalement du son). Plus intéressant, ils ont été surpris de constater la présence de deux espèces fongiques utilisées dans la production de fromage bleu et de bière : Penicillium roqueforti et Saccharomyces cerevisiae.

« L’analyse à l’échelle du génome indique que les deux champignons ont été impliqués dans la fermentation des aliments et fournissent la première preuve moléculaire de la consommation de fromage bleu et de bière pendant l’âge du fer en Europe« , soutient Frank Maixner, principal auteur de l’étude. Ces travaux laissent donc à penser que les régimes alimentaires préhistoriques étaient plus complexes qu’on ne le pensait.

« Ces résultats jettent un nouvel éclairage substantiel sur la vie des mineurs de sel préhistoriques à Hallstatt et permettent une compréhension des pratiques culinaires anciennes en général à un tout autre niveau« , poursuit Kerstin Kowarik, coauteure de l’étude. « Il devient de plus en plus clair que non seulement les pratiques culinaires préhistoriques étaient sophistiquées, mais aussi que les aliments transformés complexes ainsi que la technique de fermentation ont joué un rôle de premier plan dans notre histoire alimentaire ancienne« .

Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Current Biology.