En France, des chercheurs tombent sur les restes d’une lignée humaine inconnue

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L'une des parois de la Grotte de Renne. Crédits : Claude Valette via Wikimedia Commons

Une équipe a récemment étudié les restes d’un bébé humain moderne découvert parmi les restes néandertaliens d’une célèbre grotte préhistorique française. Il est finalement ressorti des analyses que le nourrisson pourrait représenter une lignée précoce d’Homo sapiens jusque-là inconnue. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Scientific Reports.

Une hanche qui interroge

Située à Arcy-sur-Cure, en Bourgogne, en France, la Grotte du Renne est l’un des sites paléolithiques les plus fascinants d’Europe. Sur place, les couches archéologiques ont en effet révélé des preuves d’occupation par des Néandertaliens, ainsi que par des groupes d’humains anatomiquement modernes, ce qui en fait un site important pour l’étude de l’interaction entre ces deux groupes humains préhistoriques.

Au sein de la grotte, les chercheurs ont mis au jour un grand nombre d’outils représentatifs de l’ensemble techno-culturel châtelperronien. Développé il y a environ 42 000 ans, il est caractérisé par des outils en pierre taillée, des parures en os et des éléments de l’art pariétal. Cet ensemble techno-culturel témoigne de l’innovation et du développement des populations de cette époque.

Par ailleurs, jusqu’à présent, seuls des restes néandertaliens avaient été trouvés dans la couche châtelperronienne de la Grotte du Renne, alors que des fossiles humains modernes ont été retrouvés dans d’autres grottes de ce type.

Cependant, le dernier inventaire de la collection paléoanthropologique attribuée à ce techno-complexe a permis d’identifier un ilium (l’un des trois os qui composent le bassin humain) appartenant à un nouveau-né dont la morphologie a nécessité une analyse approfondie pour évaluer son attribution taxonomique.

Une lignée inconnue

Dans le cadre de nouveaux travaux, des chercheurs ont comparé cet ilium à celui de deux Néandertaliens et de trente-deux nouveau-nés humains récemment décédés pendant la période périnatale pour explorer leur variation morphologique. Les auteurs ont alors souligné que la forme de l’ossement différait considérablement de celle de Neandertal. Cependant, elle tombait également légèrement en dehors des limites de variation observées chez les nourrissons humains modernes, affichant « une épine iliaque postéro-supérieure plus orientée latéralement« , comme le note l’étude.

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Comparaison de l’ilium droit du nourrisson en question (a), de l’ilium gauche du néandertalien périnatal (b) et de l’ilium gauche d’un individu périnatal récent (c). Crédits : Arthur Giqueau et al/Scientific Reports

Au regard de ces analyses, les anthropologues suggèrent que ces différences pourraient être dues à l’appartenance de ce bébé à une lignée humaine moderne dont la morphologie diffère légèrement des humains actuels. Notant que cette lignée n’a jamais été documentée auparavant, l’équipe affirme également que ce nourrisson était probablement un membre des populations qui ont coexisté avec les derniers Néandertaliens lors de la transition du Paléolithique moyen au Paléolithique supérieur, il y a 41 000 à 45 000 ans.

De plus, la présence de ces anciens humains modernes dans la Grotte de Renne suggère qu’ils auraient pu cohabiter avec les Néandertaliens au moment de l’émergence de l’industrie lithique châtelperronienne. Il est donc possible que les Néandertaliens aient amélioré leurs technologies après avoir observé leurs voisins humains modernes, donnant lieu à une industrie hybride ayant dominé certaines parties de l’Europe jusqu’à la disparition des derniers Néandertaliens il y a environ 40 000 ans.