Des fossiles de parents humains envoyés aux frontières de l’espace

Virgin Galactic Australopithecus sediba et Homo naledi
Crédits : Virgin Galactic

Les fossiles fragmentaires de deux anciens parents humains, Australopithecus sediba et Homo naledi, ont été transportés vers l’espace à bord d’un vol de Virgin Galactic le 8 septembre, ce qui n’est pas du goût de plusieurs chercheurs. Pourquoi cette mission fait-elle autant polémique auprès des anthropologues ?

Des fossiles aux frontières de l’espace

Les vols proposés par Virgin Galactic se déroulent de la façon suivante : le VSS Unity, un avion suborbital, est d’abord transporté en haute altitude par son avion porteur à double fuselage, le WhiteKnightTwo, avant d’être largué à environ treize kilomètres d’altitude. Une fois détaché, le vaisseau enclenche ensuite son moteur pour poursuivre sa montée pour atteindre les 88 km d’altitude. À partir de là, les occupants du vaisseau peuvent détacher leur ceinture et profiter de quelques minutes en apesanteur avant d’entamer la descente.

Le dernier vol en date de Virgin Galactic a été opéré le 8 septembre dernier. À son bord figuraient plusieurs passagers, dont le milliardaire sud-africain Timothy Nash. Cependant, ce dernier n’a pas embarqué « seul ». Les restes fragmentaires de deux anciens parents humains, Australopithecus sediba et Homo naledi, avaient en effet été placés dans un tube, lui-même placé dans sa poche.

Ces fossiles ont été choisis par Lee Berger, membre de la National Geographic Society et directeur du Centre pour l’exploration du voyage humain profond à l’Université du Witwatersrand, en Afrique du Sud. Il avait joué un rôle déterminant dans la découverte des deux espèces. Un fragment de la clavicule de l’australopithèque vieux de deux millions d’années avait en effet été découvert par lui et son fils en 2008, tandis qu’un os du pouce d’H. naledi vieux d’environ 300 000 ans avait été fouillé par un groupe de chercheurs qu’il dirigeait dans la grotte Rising Star en 2013.

Homo nadeli Virgin Galactic
Les restes d’Homo naledi, dont l’os du pouce a été envoyé aux frontières de l’espace le 8 septembre 2023 dans un vaisseau de Virgin Galactic. Crédits : Stefan Heunis
Virgin Galactic Australopithecus sediba et Homo naledi
Les restes fossilisés d’Australopithecus sediba. Crédits : Alexander Joe

Quelles justifications ?

Mais pourquoi envoyer de tels fossiles aux frontières de l’espace ? Selon Lee Berger, « le voyage de ces fossiles dans l’espace représente l’appréciation de l’humanité pour la contribution de tous les ancêtres de l’humanité et de nos anciens parents« . De son côté, Matthew Berger émet l’hypothèse que ces hominidés « n’auraient jamais pu rêver de leur vivant de faire un voyage aussi incroyable en tant qu’ambassadeurs de tous les ancêtres de l’humanité« .

Enfin, la demande de permis originale, qui a finalement été approuvée par l’Agence sud-africaine des ressources du patrimoine (SAHRA), mentionnait que le but du voyage était de promouvoir la science et d’apporter une reconnaissance mondiale à la recherche sur les origines humaines en Afrique du Sud.

Virgin Galactic Australopithecus sediba et Homo naledi
Les fossiles étaient contenus dans ce tube. Crédits : Virgin Galactic

Beaucoup de critiques

Tout le monde n’est pas d’accord avec ces arguments. Dans un fil de discussion sur X, Alessio Veneziano, anthropologue biologique et coorganisateur de la conférence AHEAD (Advances in Human Evolution, Adaptation and Diversity), a notamment évoqué quatre problèmes avec cette approche : le manque de justification scientifique du vol, les questions éthiques liées au respect des restes ancestraux humains, l’accès de Lee Berger aux fossiles, que peu d’autres chercheurs partagent et la fausse représentation de la pratique de la paléoanthropologie.

D’autres chercheurs ont également vivement critiqué cette décision, d’autant plus qu’un dysfonctionnement de la mission aurait pu détruire ces précieux spécimens. « Je suis horrifiée qu’ils aient obtenu un permis« , écrit notamment Sonia Zakrzewski, bioarchéologue à l’Université de Southampton au Royaume-Uni. « Ce n’est PAS de la science.« 

Notez enfin que les fossiles ont été officiellement classés par les responsables de mission comme des « restes paléontologiques » plutôt qu’humains, contournant ainsi les problèmes éthiques et juridiques.