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La formation de supercolonies de fourmis en Ethiopie inquiète les chercheurs

Crédits : Wikimedia Commons

Les chercheurs s’inquiètent après la découverte en Éthiopie de « supercolonies » de fourmis pourrait mener à un nouvel ordre des insectes partout dans le monde. L’espèce étudiée (canescens Lepisiota) présente en effet des caractéristiques comportementales similaires aux espèces envahissantes.

En Éthiopie, les « forêts de l’église » ornent souvent les églises orthodoxes. Considérées comme sacrées par les populations locales, elles apparaissent comme de petites îles dans un paysage aride dominé par les terres agricoles. Ainsi la protection de ces forêts est désormais considérée non pas comme un simple exemple de foi, mais comme une solution durable pour protéger l’écosystème et la biodiversité de ce pays aride. Dans un effort de conservation en cours mené par le Dr Meg Lowman qui tente de lutter contre le déclin continu de ces forêts, la présence d’une espèce de fourmi dominante a été récemment établie. Capable de former des « supercolonies », l’espèce présente des caractéristiques comportementales similaires aux espèces envahissantes et inquiète les chercheurs.

Les supercolonies sont des colonies qui se prolongent au-delà d’un seul nid, couvrant parfois plusieurs milliers de kilomètres. La plus grande connue à ce jour s’étend sur 6000 km, le long de la péninsule ibérique et de la côte méditerranéenne, jusqu’en Italie. Il s’agit d’un ensemble continu de 30 populations constituées de millions de nids entre lesquels les fourmis s’échangent sans signe d’agression. Plus récemment, une équipe de chercheurs menant une enquête sur la biodiversité des « forêts de l’église » en Éthiopie a fait état d’une espèce de fourmis (canescens Lepisiota) présentant pour la première fois des signes de formation de supercolonies.

C’est une découverte importante pour deux raisons. Premièrement, parce que les formations de supercolonies chez les fourmis sont assez rares avec des cas documentés de seulement 20 espèces environ dans le monde. Et deuxièmement parce que d’autres espèces du genre Lepisiota ont récemment montré des signes préoccupants de colonisation dans le Parc National Kruger en Afrique du Sud et près de la ville de Darwin en Australie. Quant aux fourmis retrouvées en Éthiopie, « elles montrent un fort potentiel pour devenir une espèce envahissante à l’échelle mondiale », a averti Magdalena Sorger, chercheur au Musée des Sciences Naturelles en Caroline du Nord.

L. canescens s’aventure aujourd’hui au-delà des limites des forêts, dans les champs agricoles voisins et le long des routes récemment construites et d’autres structures urbaines. Pour le moment, les scientifiques ont découvert plusieurs supercolonies, la plus grande atteignant les 38 km de long et « cela ne pourrait être qu’un début », prévient l’auteur principal de l’étude. L’homme rappelle que « les espèces envahissantes voyagent souvent avec les humains ». Ces dernières pourraient « s’accrocher au matériel végétal ou se retrouver dans les bagages des quelques touristes en voyage dans le pays ».

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