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Les forêts nous protègent-elles vraiment contre les inondations ?

Crédits : Steven Brown / CC BY-SA 2.0.

Une étude de terrain menée sur des parcelles expérimentales indique que contrairement aux espoirs entretenus, les forêts offrent une protection assez marginale contre les inondations les plus menaçantes. Les résultats ont été publiés dans la revue Science of The Total Environment le 23 novembre dernier.

L’idée que les forêts puissent offrir une protection contre les inondations et qu’elles constitueraient par conséquent un moyen de lutte efficace vis-à-vis de cet aléa s’est généralisée dans l’esprit du grand public, et même bien au-delà. Cependant, peu d’études ont réellement cherché à quantifier l’importance de cet effet et les résultats obtenus sont restés contradictoires.

Afin d’y voir plus clair, un groupe de chercheurs a décidé de mener trois expériences indépendantes sur des parcelles forestières situées au Royaume-Uni et en Irlande. Soulignons au passage qu’il n’est nullement question ici d’évaluer l’impact de l’urbanisation ou de l’artificialisation des surfaces, ces dernières ayant des influences délétères connues depuis longtemps.

Mise en évidence du rôle limité des forêts en cas d’inondation majeure

Pour chaque site, une petite partie de la forêt a été retirée au niveau d’un bassin versant tandis qu’une autre est restée intacte et a servi de contrôle afin de pouvoir évaluer l’influence sur le débit des cours d’eau. Étonnamment, les résultats ont montré que si les forêts amortissaient les petites crues qui surviennent de façon régulière et dont l’amplitude est bien inférieure à la crue moyenne annuelle, elles avaient un effet bien plus limité sur les crues majeures.

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Représentation schématique de la méthode utilisée dans l’étude. Les parcelles A gardent leur couvert forestier tandis que les parcelles B sont rasées. Les données du débit des rivières sont collectées avant et après pour chaque parcelle afin d’effectuer la comparaison. Crédits : L.Xiao & coll. 2021.

Or, ce sont précisément les évènements les plus intenses qui causent les coûts ainsi que les pertes humaines et matérielles les plus importants. En termes de protection apportée, les travaux menés sur ces parcelles forestières suggèrent donc que le gain est beaucoup moins important qu’on aurait pu l’espérer.

« Si les forêts apportent de nombreux avantages environnementaux, ce travail lance un signal d’alerte à tous les développeurs et gestionnaires travaillant sur la base qu’ils peuvent se protéger contre les dommages majeurs causés par les inondations », souligne Liwen Xiao, auteur principal du papier. « Il serait imprudent par exemple de supposer qu’une forêt nouvellement plantée pourrait protéger les maisons construites sur des terres à risque ».

Au total, ce sont plus de 600 précipitations et gonflements des cours d’eau qui ont été pris en compte dans le cadre de l’étude. Les parcelles de forêts en question sont par ailleurs représentatives de vastes zones européennes. « Alors qu’un couvert forestier peut être efficace pour atténuer les petits débits fréquents lors de tempête, il ne faut jamais supposer qu’il offre une protection contre les inondations majeures », conclut l’étude dans son résumé.