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Forêt boréale : quel est ce “marché de crédits carbone” que veut développer la Russie ?

Crédits : Tatiana Bulyonkova / Wikipedia

Comme de nombreux autres pays, la Russie est un mauvais élève du climat. Afin de redorer son image d’un point de vue écologique, le pays a mis au point un plan sujet à controverse. Il s’agit mettre à profit ses immenses forêts dans le cadre de la mise en place d’un “marché de crédits carbone”.

Un plan pour les plus grandes forêts du monde

Au regard des importants feux de forêts ou encore de la fonte du pergélisol, la Russie est un des pays les plus menacés par le dérèglement climatique. Pourtant, elle est aussi loin d’être un bon élève en matière d’écologie. Citons par exemple ses importantes exportations d’énergies fossiles et de ressources naturelles. Il y a quelques années, nous évoquions son “Tchernobyl flottant”, une centrale nucléaire flottante de 21 500 tonnes. Dernièrement, une autre affaire a fait grand bruit : la présence d’une vingtaine de sous-marins et réacteurs nucléaires de l’époque soviétique en mer de Kara.

D’une manière générale, la Russie essuie des critiques pour son manque d’ambition dans la lutte pour le climat. Néanmoins, le pays a un plan pour rafraîchir son image, dont les détails figurent dans un article publié par Bloomberg le 23 mars 2021. La Russie désire mettre à profit ses immenses forêts couvrant pas moins de 815 millions d’hectares. Il s’agit là des plus grandes forêts du monde devant celles du Brésil.

taiga russie
Crédits : Imaggeo

Le scepticisme est de mise

La taïga (forêt boréale) compose en partie ces surfaces boisées représentant tout de même un cinquième de l’intégralité des forêts de la planète. La Russie veut donc les mettre en avant en tant que contribution aux efforts en matière d’écologie. Pour Bloomberg, ce plan consiste à faire de ces forêts un genre de place de marché à destination des entreprises cherchant à contrebalancer leur empreinte carbone. Dans les faits, les forêts russes font face à un manque d’entretien, mais aussi à une surexploitation. Ce laxisme est d’ailleurs en partie responsable des incendies de 2020 en Sibérie. L’objectif est donc de louer des surfaces de forêt à des sociétés afin que ces dernières les entretiennent et plantent de nouveaux arbres. En échange, l’État offre à ces sociétés des crédits carbone.

Évidemment, ce genre de système d’échange de crédit carbone suscite le scepticisme. Outre la controverse évidente de ce même système, la Russie ne semble pas vouloir remettre en cause ses propres émissions de carbone, un comble pour un pays connu pour être très pollueur. La Russie devrait pourtant tabler sur les énergies renouvelables, les nouvelles technologies ainsi que l’efficacité énergétique. Le développement forestier est effectivement une possibilité, mais il devrait seulement faire office de complément. Et lorsque l’on sait que plusieurs sociétés œuvrant notamment dans le domaine des hydrocarbures et de la pétrochimie se sont montrées intéressées par le plan russe, il n’y a pas de quoi se montrer optimiste.