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Gaz à effet de serre : l’Amazonie vient-elle de basculer ?

Crédits : Victor Moriyama / Greepeace

Des décennies d’exploitation forestière et minière ont-elles eu raison de l’Amazonie ? L’écosystème emblématique pourrait désormais émettre plus de gaz à effet de serre qu’il n’en absorbe, selon de nouvelles recherches.

Longtemps considérée comme un rempart de choix contre le changement climatique en raison de sa capacité à absorber le dioxyde de carbone, l’Amazonie est désormais amenée à rejeter plus de gaz à effet de serre qu’elle n’en absorbe à cause d’épisodes consécutifs de sécheresses et de déforestations, toujours plus importants. Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Frontiers in Forests and Global Change.

Un émetteur net de gaz à effet de serre

Dans le cadre de ce nouvel effort, 31 scientifiques ont calculé le bilan de tous les gaz à effet de serre naturels et d’origine humaine entrants et sortants du bassin amazonien. Autrement dit, plutôt que de se concentrer uniquement sur le dioxyde de carbone, les auteurs ont également considéré d’autres GES importants, notamment le méthane, l’oxyde nitreux, les aérosols et le noir de carbone.

Un écosystème forestier sain aspire du CO2 et maintient normalement les autres facteurs de forçage climatique en équilibre relatif. Mais en Amazonie, où les forêts ont été confrontées à des constructions de barrages, à une augmentation de l’exploitation forestière, de l’exploitation minière, et au défrichement à des fins agricoles, le système s’assèche et se dégrade. Et ce n’est pas sans conséquences.

Au terme de ces travaux, l’équipe a en effet déterminé que la capacité de l’Amazone à absorber le CO2 était en baisse. Dans le même temps, les autres facteurs de forçage climatique sont à la hausse.

Conclusion : le réchauffement de l’atmosphère dû à des agents autres que le CO2 dépasse probablement les avantages climatiques fournis par l’Amazonie via l’absorption de CO2. Dit plus simplement : le bassin amazonien est désormais un émetteur net de gaz à effet de serre (GES). Et nos activités sont à blâmer.

Amazonie feux
Une vue aérienne d’un incendie essuyé en 2019. Crédits : Victor Moriyama/Greenpeace.

Une inquiétante boucle de rétroaction

Pour Kristofer Covey, du Skidmore College, il est primordial que nous cherchions à comprendre toute la complexité de cet écosystème. « Nous sommes là-bas en train de bricoler à grande échelle, et nous ne comprenons pas vraiment toutes les implications de ce que nous faisons », explique le chercheur.

Sur place, les conséquences climatiques liées à nos activités sont en effet multiples. Prenons un exemple simple : un éleveur brûle une parcelle pour créer de nouveaux pâturages. Non seulement le pouvoir d’absorption du CO2 des arbres disparaît, mais le carbone stocké de cette parcelle est libéré. Le sol nouvellement stérile est également susceptible d’augmenter ses émissions de méthane et d’oxyde nitreux piégés dans le sol.

De plus, les bovins fraîchement installés libèrent également du méthane. Enfin, la perte de couvert forestier peut aussi modifier les régimes de précipitations et rendre le reste de la forêt plus chaud et plus sec, ce qui tend également à augmenter les émissions de gaz à effet de serre.

Résultat, vous obtenez une inquiétante boucle de rétroaction : la déforestation augmente les émissions de gaz à effet de serre, ce qui augmente le réchauffement. Et ce réchauffement entraîne alors une augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

S’adressant au National Geographic, Kristofer Covey estime qu’il n’est pas trop tard pour inverser la tendance. En revanche, des mesures décisives pour restaurer l’Amazonie vont devoir être mises en place très rapidement. Une analyse de 2018 nous avait en effet révélé que si 20 à 25 % de l’Amazonie venaient à disparaître, d’énormes étendues de forêt pourraient se transformer en savanes. À ce jour, nous avons grignoté 17 % de cet écosystème emblématique.