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Une femme de l’âge de pierre enterrée au milieu des hommes interroge

Crédits : Pascal Radigue ; CC BY 4.0

Une équipe de chercheurs annonce avoir identifié les restes d’une femme enterrée il y a environ 6 500 ans au milieu d’individus exclusivement masculins dans l’un des cimetières de l’âge de pierre de Fleury-sur-Orne, en Normandie. Plusieurs pointes de flèches « symboliquement masculines » accompagnaient la dépouille. Qui était-elle ?

Une mystérieuse femme au milieu des hommes

Le cimetière néolithique de Fleury-sur-Orne, près de Caen, est connu depuis les années 60. Les archéologues attribuent les tumulus de la région à la culture néolithique de Cerny. Plusieurs autres cimetières du genre ont également été découverts à des centaines de kilomètres dans la région du bassin parisien au sud-est.

Cela étant dit, l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) mène de nouvelles fouilles sur le site de Fleury depuis 2014. Or, ces travaux ont révélé plusieurs tombes et autres monuments, dont le plus long tumulus jamais découvert en Europe (372 mètres de long).

Dans le cadre d’une étude plus récente, des chercheurs de l’Université de Bordeaux ont eu accès à des échantillons de restes humains dans l’un de ces tumulus (de grands monticules de terre qui recouvraient les sépultures). Sur les dix-neuf sépultures humaines contenues à l’intérieur, l’équipe a pu analyser l’ADN de quatorze individus, dont un était une femme, ce qui n’a pas manqué de surprendre les experts.

En effet, si nous savons que la région de Fleury et celle du bassin parisien partageaient visiblement une culture commune, les chercheurs ont relevé quelques différences locales, notamment sur les questions funéraires. Alors que les hommes et les femmes étaient enterrés en nombre quasi égal dans le Bassin parisien, le cimetière de Fleury-sur-Orne était presque exclusivement masculin. Mais alors, qui était cette femme ? Et pourquoi était-elle enterrée au milieu de tous ces hommes ?

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Crédits : Pascal Radigue ; CC BY 4.0
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La seule femme du cimetière de Fleury-sur-Orne enterrée avec des pointes de flèches en silex. Crédits : Pascal Radigue ; CC BY 4.0

Une chasseuse considérée par ses pairs ?

Il est pour l’heure difficile de savoir quel genre de vie elle menait, d’où elle venait ou quel était son véritable statut. Nous savons en revanche que cette femme a été enterrée avec des pointes de flèches, un type d’artefact considéré comme exclusivement masculin. On ne sait en revanche pas si seules les pointes de flèches en silex ont été placées dans la tombe ou si elles étaient à l’origine attachées à des tiges de bois qui ont depuis pourri.

Cela dit, les chercheurs soutiennent ainsi l’idée qu’elle aurait dû être considérée comme un homme, du moins symboliquement, ce qui lui aurait valu d’être enterrée sur place. « Nous pensons que ces artefacts de sexe masculin la placent au-delà de son identité sexuelle biologique« , précise Maïté Rivollat, principale auteure de l’étude. « Cela implique l’idée que l’incarnation du sexe masculin dans la mort était nécessaire pour qu’elle puisse accéder à l’inhumation dans ces gigantesques structures. »

Par ailleurs, des études antérieures sur les cimetières de Cerny dans le bassin parisien distinguent également une catégorie particulière d’individus enterrés avec des flèches, des carquois et possiblement des arcs, les identifiant peut-être ainsi comme des chasseurs. Ces études ont montré que ces individus étaient toujours des hommes. Cette femme enterrée au cimetière de Fleury-sur-Orne pourrait-elle ainsi avoir également été considérée comme une chasseuse par sa communauté ?

Des travaux scientifiques en cours, tels que son analyse isotopique, pourraient en tout cas nous en apprendre davantage sur son régime alimentaire et ses origines géographiques.