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Quand le FBI poussait Martin Luther King au suicide

Crédits : Slick-o-bot / Wikimedia Commons

Une historienne a récemment découvert une version non-censurée de la lettre envoyée à Martin Luther King, au cours d’une campagne de déstabilisation orchestrée par le FBI et son redoutable patron, J. Edgard Hoover. Le document, particulièrement virulent, lui conseillait de se suicider, afin d’éviter la diffusion de preuves concernant ses infidélités conjugales.

La trouvaille de Beverly Gage aux Archives Nationales des États-Unis dévoile une vérité longtemps occultée par le bureau fédéral d’investigation. Le New York Times Magazine a d’ailleurs publié la lettre, écrite en 1964, dans son intégralité. Une première, puisque seules des versions censurées avaient été rendues publiques. Vestige de la haine féroce que se vouaient le patron du FBI et Martin Luther King, il s’agit d’une lettre de chantage anonyme. Lorsque le message, accompagné d’enregistrements de ses présumées aventures extra-conjugales, parvient à son domicile, le révérend King se trouve à Oslo, où il reçoit le Prix Nobel de la Paix . C’est donc sa femme qui va ouvrir le colis, pensant avoir affaire à des enregistrements des discours de son mari. Quand elle le lui transmet à son retour, il soupçonne immédiatement le FBI.

Une lettre faussement imparfaite

Composé d’un unique feuillet, dactylographié et truffé de fautes de frappes et d’orthographe, l’auteur semble être un militant noir des droits civiques, profondément déçu par les prétendues frasques sexuelles de Luther King. Et le message est particulièrement virulent : le rédacteur n’hésite pas à insulter allègrement King, le taxant, entre autres, de « pervers sexuel » et d’imposteur. Il va même jusqu’à exiger son suicide, ce qui a fait la célébrité de la lettre, appelée « lettre de suicide ». Le long travail d’enregistrement, les efforts pour rendre le document faussement imparfait, nombreux sont les éléments qui, selon l’historienne, ont permis à Luther King et à ses acolytes de démasquer le FBI de Hoover. D’autant plus que le saint patron des services fédéraux américains n’en était pas à son coup d’essai.

Un échec cuisant pour Hoover

La lettre, symbole des relations houleuses que Martin Luther King entretenait avec J. Edgard Hoover, n’a été qu’un épisode d’une campagne de déstabilisation bien plus vaste. Cette campagne contre le leader du mouvement des droits civiques, Hoover en fit une affaire personnelle, lui qui le qualifiait « de plus grand menteur notoire du pays ». Originaire du Sud – il est né en Géorgie – l’homme est un raciste assumé, profondément anti-communiste. Les premières tentatives du FBI pour faire tomber le leader du mouvement des droits civiques se concentrent sur certains des conseillers de Luther King, proches des mouvances communistes. Mais faute de résultat, Hoover et ses hommes vont alors s’intéresser à la vie extra-conjugale du King. L’opération aboutit à la fameuse lettre, et se solde par l’un des échecs les plus cuisants de l’histoire du FBI.

Si le FBI n’a pas réussi à entacher l’image de Luther King, qui restera pour la postérité « un modèle de courage moral et de dignité humaine », cela s’explique par le fait « qu’en 1964, les médias étaient plus prudents ». Selon Beverly Gage, « aujourd’hui, il est presque impossible d’imaginer un refus de la presse face à une histoire aussi juteuse. Avec l’environnement politique actuel, il n’aurait peut-être jamais eu la chance de devenir le leader qu’il est devenu ».