Alors que le nombre d’humains souffrant de la faim vient de passer sous la barre symbolique des 800 millions, les spécialistes s’interrogent sur la question de la production et de la distribution de la nourriture pour les années à venir. En effet, la démographie exponentielle de l’être humain, due notamment aux progrès considérables de la médecine, nous laisse envisager le pire quant au nombre de personnes sous-nourries.

Nourrir 75 millions de personnes de plus par an

La croissance démographique est un phénomène récent à l’échelle de l’Humanité. En effet, au XVIIe siècle, la population mondiale était quasiment aussi nombreuse qu’il y a 2000 ans, soit quelques centaines de millions de personnes. Et pour cause : les médecins et les paysans n’étaient pas aussi performants qu’aujourd’hui, tandis que les militaires avaient de nombreuses occasions de s’en donner à cœur joie, ce qui permettait une certaine régulation.

Seulement, à partir du XIXe, l’agriculture et la médecine se sont améliorées, tandis que des processus de paix se sont petit à petit mis en place. En 200 ans, la population mondiale a été multipliée par 10.

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Crédits : Capture vidéo

Aujourd’hui, environ 360 000 bébés naissent chaque jour. Et 160 000 personnes décèdent. Le compte est facile : chaque jour, la Terre accueille 200 000 êtres humains en plus. En un an, cela représente près de 75 millions de personnes supplémentaires. Magnifique, certes, mais il faut les nourrir. Et comment faire, alors qu’il y a déjà 800 millions de personnes qui ne mangent pas à leur faim dans le monde ?

Les progrès de l’agriculture ont fait des miracles

Pourtant, d’après Bruno Parmentier, ancien directeur général de l’Ecole supérieure d’agriculture d’Angers, il y a toujours eu 800 millions de sous-alimentés depuis le début du XXe siècle. Et ceci malgré l’augmentation de la population. Comment cela est-il possible ? Tout simplement grâce aux progrès phénoménaux de l’agriculture.

Après la Deuxième Guerre mondiale, 8 millions d’agriculteurs étaient chargés de nourrir 45 millions de Français. Et ils n’y arrivaient pas. Aujourd’hui, 600 000 agriculteurs réussissent à nourrir 65 millions de Français ! Et il y a encore du rab pour l’Europe et le reste du monde.

Et pour ceux qui se plaignent que la nourriture est de plus en plus chère, il faut se rappeler qu’en France, en 1960, il fallait travailler plus de 4 heures pour s’acheter un poulet. Aujourd’hui, il suffit de 13 minutes ! Le budget nourriture moyen d’un foyer a ainsi été divisé par deux en moins de 50 ans, passant de 23% à 11% (en 2003) ! En revanche, le budget logement, lui, a doublé. Quant aux loisirs, les dépenses dans ce domaine deviendront bientôt plus importantes que celles pour se nourrir.

L’Europe est en excédent, l’Asie se développe, l’Afrique peine

Comme s’amuse à dire Bruno Parmentier, « le bon Dieu nous fait reproduire dans chaque continent par siècle. Ainsi, au XIXe siècle, c’est l’Europe qui s’est multipliée. Au XXe siècle, ce sont les Asiatiques. Au XXIe siècle, ce seront les Africains ». Paradoxe ou logique de survie, en tout cas ce sont les Africains les plus touchés par la faim (en proportion).

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Crédits : Capture vidéo

En Asie, un très grand nombre de Chinois et d’Indiens sont sous-nourris. Mais le continent se développe à grande vitesse. Les cultivateurs de riz deviennent ouvriers et finissent par gagner plus d’argent, les faisant manger à leur faim. D’où une plus faible proportion de sous-alimentés qu’en Afrique.

« Avant, monsieur Lin mangeait du riz, du riz, ou rien. Et maintenant ? Du riz, du riz, du riz, du poulet, du canard, du lapin, du cochon et du bœuf », explique Bruno Parmentier. Et encore, ils n’aiment pas le lait de vache… Par ailleurs, heureusement que la religion hindoue estime que les vaches sont sacrées. Sinon, ce serait encore plus difficile pour nourrir tout le monde.

>> Retrouvez les solutions pour nourrir l’Humanité dans la deuxième partie de l’article

Bruno Parmentier, ancien directeur général de l’ESA (Ecole supérieure d’agriculture d’Angers) et passionné des différents modes d’agricultures et de nos pratiques alimentaires, nous explique à travers sa conférence à l’Université de Nantes le 3 décembre 2014 quel est le bilan actuel et quelles peuvent être les solutions pour nourrir l’Humanité entière demain.