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L’Europe en proie à des extrêmes météo de plus en plus longs

Crédits : pixabay.

La durée des anomalies météorologiques a sensiblement augmenté en Europe au cours des dernières décennies, que ce soit en termes de temps chaud et sec ou au contraire anormalement humide. Or, compte tenu de la poursuite du réchauffement climatique, cette tendance devrait perdurer dans les décennies à venir. C’est en tout cas ce que rapporte une étude récemment parue dans la revue Scientific Reports.

Les évènements météorologiques à forts impacts sont souvent caractérisés par un haut degré de persistance. En effet, plus les situations propices aux vagues de chaleur, aux sécheresses ou aux précipitations intenses persistent dans le temps sur un domaine géographique donné, plus les conséquences sur l’environnement et les sociétés humaines sont importantes.

L’Europe, une région particulièrement exposée 

Un corpus d’étude grandissant suggère qu’avec le réchauffement du climat, la persistance des régimes météorologiques va en augmentant, en particulier aux moyennes latitudes de l’hémisphère nord durant la saison chaude. Cette idée a été récemment appuyée et prolongée par les travaux d’un groupe de chercheurs de l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique (Allemagne).

L’étude montre en particulier que le vieux continent est fortement exposé à cette tendance vers des régimes météorologiques plus durablement ancrés dans l’espace et le temps. «  Rien qu’en Europe, environ 70 % de la superficie des terres est déjà touchée par des situations météorologiques plus persistantes », rapporte Peter Hoffmann, auteur principal du papier. « Cela signifie que les personnes, en particulier dans les pays européens densément peuplés, seront probablement confrontées à des évènements météorologiques plus intenses et plus dangereux ».

Europe WPI
Tendance de l’indice utilisé (WPI) décrivant la persistance des régimes météorologiques entre 1981 et 2019 au cours de l’été boréal. Les barres noires localisent les tendances statistiquement significatives. Notez les évolutions flagrantes détectées en Europe. Crédits : Peter Hoffmann & coll. 2021.

Les modèles de climat mis à l’épreuve

En raison du changement climatique, le contraste thermique d’été entre le pôle et les tropiques s’affaiblit, ce qui conduit les dépressions et les anticyclones à se propager moins facilement d’ouest en est. Selon les auteurs, il s’agit du facteur principal expliquant pourquoi les conditions météorologiques tendent à devenir plus persistantes. Pour arriver à ces résultats, les chercheurs ont utilisé une méthodologie novatrice et développé un indice permettant de comparer les situations météorologiques du monde entier sur les quarante dernières années.

« Nous avons constaté que les conditions météorologiques sont en général plus persistantes aujourd’hui qu’il y a quelques décennies », note Peter Hoffmann. « En été, les vagues de chaleur durent souvent plus longtemps maintenant et les précipitations aussi ont tendance à durer plus longtemps et à être plus intenses. Plus les conditions météorologiques persistent longtemps, plus les extrêmes peuvent devenir intenses, tant du côté chaud et sec que du côté des pluies ».

Or, lorsqu’ils ont confronté les évolutions observées ces dernières décennies aux simulations des modèles de climat sur la même période, les scientifiques ont trouvé que ces derniers sous-estimaient le degré de persistance des phénomènes, en particulier en Europe. Cela questionne donc leur capacité à anticiper l’évolution réelle des extrêmes dans un contexte de réchauffement global de la planète.

« Les modèles climatiques ont peut-être été un peu trop conservateurs, sous-estimant l’augmentation de la persistance météorologique, et donc les extrêmes météorologiques en Europe », souligne Fred Hattermann, coauteur de l’étude. Les résultats obtenus permettront d’approfondir les enquêtes de modélisation et, à terme, d’améliorer les simulations climatiques. C’est en tout cas, à l’image des auteurs, ce que l’on peut espérer.