in

Pour explorer la surface de Vénus, mieux vaut revenir aux bons vieux fondamentaux

Crédits : NASA/JPL-Caltech

Vénus a toujours intrigué les scientifiques, mais elle n’a jamais été tendre avec nos instruments. Ignorée depuis près plus de trente ans, la surface de Vénus pourrait bientôt accueillir un nouveau rover, mécanique cette fois-ci.

Vénus n’est ce que l’on pourrait appeler une « terre d’accueil ». La température moyenne de surface est de 462 degrés Celsius, ce qui en fait la planète la plus chaude du Système solaire. Ajoutez à cela une pression de surface 90 fois supérieure à celle de la surface de la Terre et des nuages ​​corrosifs d’acide sulfurique et vous obtenez l’un des mondes connus les plus inhospitaliers. Il n’est pas facile d’atterrir sur Vénus donc, et encore moins d’y évoluer. En 1967, la sonde spatiale russe Venera 4 fut la première à renvoyer des informations tout en entrant dans l’atmosphère de la planète. Trois ans plus tard, Venera 7 parvenait à atterrir, mais arrêta de transmettre au bout de seulement 23 minutes. Venera 9, refroidie par fluide, fut envoyée au charbon en 1975, mais elle mordit la poussière après seulement 53 minutes.

La plus grosse performance revient à Venera 13 qui réussit en 1982 à transmettre huit photographies en noir et blanc, quatorze en couleur et à analyser une roche vénusienne. Elle résista deux petites heures avant de rendre l’âme. Au cours des trois dernières décennies, la surface de Vénus a donc été relativement ignorée, l’analyse à distance étant laissée aux orbiteurs et aux missions aériennes. Pour explorer la surface de Vénus, les chercheurs doivent donc s’appuyer sur autre chose. Quelque chose de mécanique, et non d’électronique. C’est alors que l’Automaton Rover for Extreme Environments (AREE) entre en jeu.

Conçu en 2015 par l’ingénieur Jonathan Saude, du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA à Pasadena, en Californie, le rover est entièrement mécanique et à l’ancienne. C’est un retour à des dispositifs de calcul tels que la Machine analytique de Charles Babbage ou la machine d’Anticythère qui s’appuyait sur des engrenages pour modéliser les mouvements célestes. « Venus est trop inhospitalière pour des systèmes de contrôle complexes », explique Sauder. « Mais avec un rover entièrement mécanique, vous pourriez survivre au moins un an ». Et une année serait largement suffisante, compte tenu des efforts précédents. D’autres plans visent à s’appuyer sur des systèmes de refroidissement avancés, mais c’est une technologie qui nécessiterait une recherche et un développement coûteux (sans parler des risques de panne). Un rover mécanique viserait ici à réduire la dépendance à l’égard des composants électroniques en les remplaçant par des moteurs de calculs à engrenages.

Côté communication l’AREE pourrait éventuellement transmettre des informations en réfléchissant des signaux envoyés par un orbiteur. La machine serait également partiellement alimentée par une éolienne, profitant de l’atmosphère épaisse de Vénus. Vous l’aurez compris, un rover purement mécanique comme celui-ci n’est pas très pratique. À ce stade, un hybride serait le parfait compromis en mêlant l’électronique alimentée par le photovoltaïque avec la mécanique pour rendre l’appareil aussi robuste et fiable que possible.

La proposition de Sauder s’inscrit ici dans le cadre du programme Innovative Advanced Concepts (NIAC) de la NASA qui vise à penser des moyens marginaux pour résoudre des problèmes. Les lacs d’hydrocarbures de Titan, les océans sombres et salés d’Europa et même les nuages ​​mystérieux des géants des gaz… tous cachent des secrets. Les chercheurs devront alors penser et construire les bons outils. Avec une telle variété d’environnements dans notre système, nous aurons forcément besoin de quelques idées folles.

Source