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Ces oiseaux chantent les mêmes chansons depuis au moins 500 000 ans

Crédits : Nigel Voaden

Dans les hautes montagnes d’Afrique de l’Est, certains oiseaux chantent exactement les mêmes airs que ceux fredonnés par leurs ancêtres il y a au moins 500 000 ans et peut-être même depuis un million d’années, selon une nouvelle étude. D’après ses auteurs, ces oiseaux évoluent dans des conditions restées quasi inchangées.  Alors, pourquoi changer les habitudes ?

Le Souimanga à double collier (cinnyris mediocris) est une espèce de passereaux très colorée se nourrissant de nectar qui ressemble aux colibris. Ces oiseaux vivent au sommet des hautes montagnes d’Afrique de l’Est, du Mozambique au Kenya. Différentes populations ou lignées y ont été coupées les unes des autres pendant des centaines de milliers d’années. Malgré cette séparation, ces oiseaux ne se distinguent très peu sur le plan physique. Dans le cadre d’une étude, des chercheurs se sont demandé si leurs chants étaient également restés inchangés au fil du temps.

Pour répondre à cette question, l’équipe dirigée par Rauri Bowie, de l’Université de Californie à Berkeley, a visité une quinzaine de sites en Afrique de l’Est entre 2007 et 2011, enregistrant les chants de 123 oiseaux individuels de six lignées différentes. Ils ont ensuite développé une technique statistique pour analyser leur évolution.

Les résultats, publiés dans les Proceedings of the Royal Society B, révèlent que certaines de ces populations isolées chantent effectivement toujours les mêmes chansons. Ces dernières n’auraient ainsi quasiment pas évolué au cours des milliers d’années où ces lignées ont été séparées.

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Un souimanga oriental à double collier/ Crédits : Lip Kee Yap

Un environnement quasi inchangé

En analysant les différences génétiques entre les populations, les chercheurs ont également découvert que les deux populations d’espèces qui avaient été séparées le plus longtemps avaient des chants presque identiques. À l’inverse, deux autres populations séparées depuis moins longtemps chantaient très différemment. Ce constat était quelque peu contre-intuitif. En effet, les biologistes s’attendent généralement à ce que les chants d’oiseaux évoluent sur des périodes longues, et non l’inverse.

Les oiseaux concernés par ces évolutions de chants ont été retrouvés au-dessus de l’équateur où les conditions environnementales ont changé plusieurs fois au cours de dizaines de milliers d’années. Pour les auteurs de l’étude, cela pourrait expliquer ces évolutions de chants rapides visant à mieux s’adapter à de nouveaux environnements, tels que la présence ou l’absence de glaciers.

À l’inverse, les montagnes d’Afrique de l’Est situées sous l’équateur ont connu très peu de changements géologiques. Ainsi, ces oiseaux n’avaient aucune raison d’évoluer. Les chercheurs concluent donc que les oiseaux et leurs chants peuvent rester inchangés pendant des millions d’années tant que les changements environnementaux ne les « poussent » pas à évoluer rapidement ou par « impulsions ».

Les chercheurs font également une comparaison avec les humains. « Si vous isolez des populations, leurs dialectes changeront assez souvent. Vous pourriez dire après un certain temps d’où vient telle ou telle personne, parce que leurs chansons n’auront pas été interprétées de la même manière. Ce que montre notre article, c’est que ce n’est pas nécessairement le cas pour les oiseaux« .