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Indépendance de l’Europe dans l’espace : quand la Russie proposait une « solution »

Crédits : NASA

Il y a quelques jours, les astronautes européens lançaient un appel pour que le continent puisse développer ses propres moyens de lancement habités dans l’espace. L’objectif est simple : ne plus dépendre d’autres pays ou d’entreprises privées. La Russie leur tendait alors la main. Mais était-ce vraiment sérieux ?

L’Europe et son besoin d’indépendance

Les astronautes européens volent dans l’espace depuis la fin des années 70. À l’époque, Vladimir Remek était en effet monté à bord d’un vaisseau spatial Soyouz dans le but de rejoindre la station spatiale Saliout 6 pendant une semaine. Au cours des quatre décennies suivantes, des dizaines d’Européens ont ensuite intégré des véhicules exploités tantôt par la Russie, tantôt par les États-Unis vers diverses stations spatiales. Désormais, selon un manifeste publié il y a quelques jours, l’Europe aimerait disposer de ses propres moyens pour atteindre l’orbite.

« Alors que l’Europe est toujours à l’avant-garde de nombreuses entreprises spatiales telles que l’observation de la Terre, la navigation et les sciences spatiales, elle est à la traîne dans les domaines de plus en plus stratégiques du transport et de l’exploration spatiale« , peut-on y lire. « Le produit intérieur brut de l’Europe est comparable à celui des États-Unis, mais son investissement conjoint dans l’exploration spatiale n’atteint même pas le dixième de celui de la NASA« , rappelle en effet le document.

La Russie dispose de son véhicule d’équipage Soyouz et la Chine de son vaisseau Shenzhou, tandis que la NASA peut aujourd’hui s’appuyer sur la Crew Dragon de SpaceX. D’ici quelques années, les Américains pourront également compter sur le vaisseau spatial Orion et la capsule Starliner de Boeing. Il paraît donc a priori logique que la puissance européenne puisse également développer son propre système de transport avec équipage pour ne plus être soumise aux caprices de la NASA, de la Russie et d’entreprises privées telles que SpaceX.

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L’astronaute français Thomas Pesquet quelques jours avant son second vol en direction de la station spatiale internationale. Crédits : SpaceX

La proposition de la Russie

Le chef du programme spatial russe, Dmitri Rogozine, a récemment proposé une solution. Dans une série de trois tweets, ce dernier a en effet suggéré à l’Europe d’utiliser la fusée et vaisseau spatial Soyouz pour envoyer ses astronautes dans l’espace. Selon lui, le véhicule pourrait être lancé depuis le port spatial européen de Kourou, en Guyane française.

« Je suppose qu’à l’heure actuelle, il est important pour la Russie et l’Europe de trouver de nouveaux domaines et de nouvelles directions de coopération« , peut-on lire. « L’un de ces projets pourrait être l’amélioration du complexe de lancement Soyouz en Guyane française pour le certifier pour les vols en équipage. Si les astronautes européens veulent avoir leur propre capacité d’atteindre l’ISS, alors utiliser le véhicule Soyouz MS coiffé au sommet du lanceur Soyouz-2 après avoir été formés par nos experts est, à mon avis, une excellente idée« .

Toujours d’après Dmitri Rogozine, une telle approche permettrait aux contribuables européens « d’économiser des milliards d’euros« . Cela offrirait également au programme spatial européen la « possibilité de rejoindre le club des puissances spatiales, disposant de toutes les compétences requises pour les vols en équipage« .

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Le président Vladimir Poutine et le chef de Roscosmos Dmitri Rogozine au palais Konstantin. Crédits : Mikhail MetzelTASS

Une telle coopération impossible ?

On ignore évidemment les véritables intentions russes, mais une telle proposition paraît absurde pour deux principales raisons. D’une part, cette solution tourne en dérision l’indépendance recherchée par les astronautes européens. Cela obligerait en effet la Russie à fabriquer et à livrer des véhicules complets aux Européens. Or, ce n’est pas du tout le but recherché à la base. À ce compte, autant continuer à louer des sièges sur les différents véhicules disponibles sur le marché.

D’autre part, cette idée avait déjà été envisagée il y a près de deux décennies, à une époque beaucoup plus « stable » sur le plan politique. L’idée de s’appuyer sur le vaisseau Soyouz avait finalement été rejetée par les Européens. On imagine donc mal qu’une telle proposition puisse être de nouveau considérée dans le climat politique actuel.