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Europe : augmenter les forêts pour lutter contre l’assèchement des étés ?

Crédits : LUM3N /pixabay

Et si la conversion d’une partie des surfaces agricoles en forêts permettait de lutter contre  l’assèchement attendu et déjà observé des étés sur une partie de l’Europe ? C’est en tout cas ce que laisse entrevoir une étude parue dans la revue Nature Geoscience ce 5 juillet. Selon ses auteurs, il s’agirait d’une solution efficace dans la lutte et l’adaptation au changement climatique à l’échelle du vieux continent.

Les observations tout comme les projections climatiques ne laissent plus guère place au doute : à mesure que le climat global se réchauffe, l’Europe méridionale devient de plus en plus exposée à des conditions de sécheresse chronique. C’est en particulier vrai lors de la saison chaude. Cette évolution découle à la fois d’un déficit de pluies et d’une augmentation de l’évapotranspiration en raison des températures plus élevées.

Quand les forêts se chargent de faire tomber la pluie

Or, le domaine méditerranéen est très largement dépendant de la disponibilité en eau, entre autres pour assurer sa production agricole. C’est dans ce contexte qu’une équipe de chercheurs a récemment démontré qu’un reboisement réaliste des terres européennes de l’ordre de 20 % serait suffisant pour augmenter les précipitations estivales de près de 8 %. En outre, il élèverait également les précipitations hivernales dont le surplus pourrait faire l’objet d’un stockage pour une meilleure distribution de l’eau en saison chaude.

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Crédits : Flickr / Patrick Janicek

Si les simulations numériques effectuées par les scientifiques montrent une augmentation notable des pluies au-dessus et sous le vent des forêts, les mécanismes physiques responsables de cette hausse restent encore assez mal compris. Parmi les différentes hypothèses invoquées, on peut mentionner le rôle de la friction dans la basse atmosphère. En freinant le vent de façon plus efficace, les arbres ralentiraient d’une certaine manière les zones précipitantes, permettant des accumulations d’eau plus importantes. Par ailleurs, le cyclage de l’eau au-dessus et à proximité des zones végétales entretient des flux accrus de vapeur, avec par conséquent un potentiel de condensation et de précipitations majoré.

Un effet positif pour l’environnement régional

En somme, la technique discutée permettrait de compenser une partie des effets néfastes du changement climatique tout en contribuant à la restauration de l’environnement. En effet, outre l’influence sur les pluies, le gain de couvert forestier amènerait une augmentation régionale de la biodiversité, une meilleure protection des sols contre l’érosion et s’associerait à une capture temporairement augmentée de dioxyde de carbone.

« Nous concluons donc que les altérations des précipitations induites par les différents types de sols devraient être prises en compte lors de l’élaboration de stratégies de gestion des territoires pour l’atténuation et l’adaptation au changement climatique », indique le papier dans son résumé. Cependant, les auteurs notent également que si ces résultats entretiennent l’espoir d’un futur en partie maîtrisé, rien ne saurait avoir plus d’efficacité que la diminution rapide et majeure des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Il s’agit d’une réalité que nous pouvons imager de la sorte : plutôt que de dépenser un temps et une énergie colossale à mieux éponger, ne faudrait-il pas en premier lieu la consacrer à fermer le robinet ?