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L’Europe en proie à une aggravation historique des feux de forêt

Crédits : iStock

Une nouvelle étude dresse un tableau menaçant de l’évolution des feux de forêt à l’échelle du Vieux Continent sur la période allant de 1980 à 2020. Les résultats ont été publiés dans la revue Scientific Reports le 20 juin dernier.

Les incendies font partie du fonctionnement naturel des écosystèmes. Toutefois, par le biais de ses activités, l’homme contribue à en accroître le risque, et ce, aussi bien de façon directe qu’indirecte. De nouveaux travaux ont par exemple identifié un changement sans précédent dans la dynamique des feux de forêt européens en raison du réchauffement climatique, en particulier autour du bassin méditerranéen.

Un nouveau régime dans la dynamique des feux de forêt

En favorisant les températures élevées et la sécheresse des sols, le réchauffement décuple l’inflammabilité de la végétation ce qui se concrétise par une envolée du risque de départ de feu et de l’intensité des brasiers qui parviennent à se développer. Aussi, des étés marqués par des conditions exceptionnellement favorables aux feux de forêt sont apparus à plusieurs reprises ces vingt dernières années, propulsant l’Europe dans un régime inconnu jusqu’alors.

« Cette augmentation du risque d’incendie extrême est assez récente et, à partir d’un certain moment, dépasse les capacités de lutte des sociétés européennes, ce qui entraîne une augmentation des émissions de CO2 associées aux incendies lors des étés extrêmement chauds et secs », rapporte Jofre Carnicer, auteur principal de l’étude.

feux de forêts
Évolution de l’indice de sévérité des feux de forêt entre 1980 et 2020 (b) pour trois régions d’Europe. En vert, l’Europe du Sud, en orange, l’Europe centrale et en violet, l’Europe du Nord (a). Crédits : Jofre Carnicer & coll. 2022.

Si le pourtour méditerranéen est particulièrement touché en raison d’un climat déjà propice aux incendies avant l’arrivée du réchauffement, il n’est pas le seul. En effet, les mesures satellitaires utilisées par les chercheurs pour calculer les tendances révèlent également des augmentations significatives en Europe centrale à partir de la seconde moitié du vingtième siècle, France comprise.

Quand les forêts perdent plus de carbone qu’elles n’en absorbent

Ces évolutions sont appelées à se poursuivre tant que le climat n’est pas stabilisé, ce qui interroge sur les politiques européennes visant à limiter les émissions de carbone à hauteur de 310 millions de tonnes par an d’ici 2030 en pariant justement sur les espaces forestiers.

« Les forêts européennes absorbent environ 10 % des émissions totales de gaz à effet de serre chaque année », indique le chercheur. « Plus précisément, 360 millions de tonnes de CO2 par an, soit plus que les émissions d’un pays comme l’Espagne ». Or, avec la montée en puissance des incendies, la capacité d’absorption diminue et les stratégies d’atténuation qui en dépendent risquent de devenir inopérantes si aucune gestion des forêts n’est entreprise.

Crédits : Université de Barcelone.

Dans un scénario de limitation graduelle du changement climatique à 2 °C, les modèles montrent une augmentation supplémentaire de vingt jours à haut risque d’incendies en moyenne d’ici à la fin du siècle (voir la figure ci-dessus). Ce chiffre passe à quarante jours avec un scénario sans limitation des émissions mondiales de gaz à effet de serre, avec une hausse qui atteint 4 °C.

« En outre, cela pourrait favoriser un mécanisme de rétroaction positive sur le changement climatique, via des cycles de réchauffement, d’augmentation du risque d’incendie et d’augmentation des émissions de CO2 induites par les incendies », note Jofre Carnicer. « Dans ce contexte, la réduction drastique des émissions de CO2 au cours des deux prochaines décennies est essentielle pour parvenir à une diminution du risque d’incendie en Europe et dans le monde ».