Coup de tonnerre : Eumetsat délaisse Ariane 6 à quelques jours de son premier vol

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Une fusée Ariane 5 lance deux satellites géostationnaires en orbite le 15 juillet 2015. Crédits : Arianespace

Quelques jours avant le premier lancement d’Ariane 6, programmé pour le 9 juillet 2024, l’agence européenne Eumetsat a étonné en optant pour la fusée Falcon 9 de SpaceX pour mettre en orbite son satellite météorologique MTG-S1.

Incompréhension : la Falcon 9 au lieu d’Ariane 6

Eumetsat, l’agence européenne de satellites météorologiques, a récemment surpris tout le monde en annulant le lancement de son satellite MTG-S1 par la nouvelle fusée Ariane 6, jetant finalement son dévolu sur la Falcon 9 de SpaceX. Cette annonce, faite le 27 juin, intervient moins de deux semaines du vol inaugural du lanceur européen prévu pour le 9 juillet prochain.

Ce contrat, signé il y a quatre ans avec Arianespace, aurait été rompu en raison de « circonstances exceptionnelles » non précisées d’après La Tribune. Philippe Baptiste, le président du CNES, a exprimé sa déception sur LinkedIn, qualifiant cette décision de « très décevante pour les efforts spatiaux de l’Europe ». Josef Aschbacher, le directeur général de l’ESA, a également exprimé son incompréhension face à ce choix, soulignant que Eumetsat avait précédemment déjà fait confiance à des lanceurs européens encore non éprouvés, rendant cette décision d’autant plus surprenante.

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Le premier modèle de vol d’Ariane 6 sur le pad pour une répétition générale humide le 20 juin, dernière étape avant son lancement le 9 juillet. Crédits : ESA/L. Bourgeon

Les répercussions politiques et industrielles

La décision de Eumetsat de choisir la Falcon 9 de SpaceX pour le lancement du satellite MTG-S1 aura naturellement des répercussions politiques significatives. Selon La Tribune, l’Allemagne aurait en effet joué un rôle clé dans cette décision, malgré l’opposition de la France, soulignant ainsi les tensions intraeuropéennes sur les questions spatiales. Ce choix met une fois de plus en lumière les divergences au sein de l’Union européenne concernant la politique spatiale et la collaboration entre les États membres.

Ce changement de cap par Eumetsat met donc en évidence les défis persistants auxquels est confrontée l’industrie spatiale européenne. Malgré les progrès technologiques et les investissements considérables dans le développement de nouveaux engins comme Ariane 6, l’Europe peine encore à s’imposer face à la concurrence féroce de SpaceX. La capacité de SpaceX à offrir des lancements fiables et à des coûts compétitifs rend difficile la tâche des fusées européennes pour maintenir leur part de marché.

La décision de Eumetsat souligne également le besoin urgent de renforcer la stratégie spatiale commune au sein de l’Union européenne. Actuellement, l’Europe manque d’une politique cohérente qui privilégie ses lanceurs, contrairement aux États-Unis où une loi impose l’utilisation de fusées américaines. Une telle politique pourrait pourtant protéger et promouvoir les intérêts des engins européens, et assurer leur compétitivité et leur survie à long terme.