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États-Unis : une étude illustre la chute du nombre de traînées de condensation en 2020

traînées de condensation
Couverture moyenne de traînées de condensation entre 2018 et 2019. Crédits : Vincent R Meijer & coll. 2022.

L’analyse scrupuleuse de plus de cent mille images satellitaires montre à quel point la pandémie a diminué le nombre de traînées de condensation dans le ciel étatsunien au cours de l’année 2020. Les travaux publiés dans la revue Environmental Research Letters ce 7 mars permettraient en outre de limiter leur fréquence future et de diminuer ainsi la part du réchauffement climatique due à l’aviation.

Grâce au développement d’un algorithme dédié, un groupe de scientifiques a pu répertorier toutes les traînées de condensation survenues au-dessus des États-Unis, du Mexique et d’une partie du Canada entre le 1er janvier 2018 et le 31 décembre 2020. Issues de l’analyse de plus de cent mille images satellitaires à haute résolution, les données reflètent très clairement la chute drastique du trafic aérien en 2020.

« L’algorithme ne sait rien de l’endroit où les avions volent, et pourtant, lors du traitement de l’imagerie satellitaire, il a abouti à des itinéraires de vol reconnaissables », explique Steven Barrett, un des coauteurs de l’étude. « C’est un élément de preuve qui indique que cette méthode identifie réellement les traînées de condensation à grande échelle ».

Lors d’une journée classique, la surface moyenne couverte par des traînées de condensation se chiffre à quelque 43 000 km². Cependant, en raison de la pandémie de COVID-19 et des restrictions associées, cette valeur a chuté de 22 % en 2020. Par ailleurs, l’algorithme a permis d’identifier les moments où la fréquence des traînées connaissait un pic, comme le début de journée ou le début de printemps.

Pourcentage du ciel occupé par des traînées de condensation en moyenne pour chaque jour de l’année en 2018 (gris clair), 2019 (gris foncé) et 2020 (rouge). La courbe en pointillés indique la distance de vol en 2020. Notez la chute drastique au pic des restrictions de mars à avril 2020 puis la lente remontée. Crédits : Vincent R Meijer & coll. 2022.

Vers une maîtrise opérationnelle des traînées de condensation ?

Les chercheurs espèrent désormais tirer parti de leur méthode pour anticiper où et quand des traînées de condensation sont susceptibles de se former et adapter les itinéraires de vols en conséquence. Le but ? Diminuer la contribution de l’aviation au réchauffement climatique. En effet, en limitant la déperdition de chaleur terrestre vers l’espace, cette nébulosité d’altitude provoque un supplément d’effet de serre qui participe à l’accroissement des températures mondiales.

« La plupart des mesures visant à rendre l’aviation plus durable prennent beaucoup de temps », note le coauteur. « Éviter les traînées pourrait être accompli en quelques années, car avec les engins et la technologie d’observation existants, cela nécessite de petits changements dans la façon dont les avions sont pilotés. C’est un moyen à court terme pour réduire de moitié environ le réchauffement induit par l’aviation ».

Un bilan des impacts carbonés et non carbonés de l’aviation sur le climat montre que le secteur a contribué à hauteur de 4 % au réchauffement planétaire observé depuis 1850, et ce, malgré une contribution de seulement 2,4 % aux émissions mondiales de CO2. Or, au rythme actuel, l’aviation grignoterait à elle seule 17 % de la marge de température qu’il nous reste avant d’atteindre les 2 °C de réchauffement global.

Toutefois, même si le rythme des changements fait que la marge de manœuvre se réduit à grande vitesse, ces travaux montrent qu’il est encore temps d’agir. « Il existe une opportunité inhabituelle de réduire de moitié l’impact climatique de l’aviation en éliminant la plupart des traînées de condensation produites aujourd’hui », souligne Steven Barrett.