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Les États-Unis et la Chine pourront-ils coopérer dans l’espace ?

Crédits : Baggeb/Pixabay

L’ascension fulgurante de la Chine dans les sciences et l’exploration spatiales, ainsi que son nouveau partenariat avec la Russie devraient inciter les États-Unis à reconsidérer l’absence de collaborations bilatérales.

Les États-Unis restent encore le leader mondial de l’exploration spatiale, et de très loin. Toutefois, la Chine fait avancer méthodiquement son propre programme, et un programme particulièrement ambitieux, qui plus est.

Il y a trois ans, le pays s’est en effet illustré en déposant un rover avec succès sur la face cachée de la Lune. Il y a quelques mois, la Chine a également rapporté sur Terre les premiers échantillons lunaires depuis quarante ans avant d’atterrir avec succès sur Mars pour la première fois sans oublier le déploiement réussi du premier module de sa nouvelle station spatiale. D’ici la fin de l’année prochaine, la structure devrait pouvoir s’agrandir et accueillir davantage d’astronautes à bord, dont certains pourraient venir d’Occident.

Si tous ces projets étaient bel et bien prévus depuis 2016, force est de constater que le pays semble avoir “appuyé sur l’accélérateur”, après plusieurs années de ballotement dans le milieu spatial. Désormais, la Chine s’inscrit comme l’un des principaux acteurs du secteur.

Et ce n’est pas fini ! À l’instar de la NASA ou de SpaceX, la Chine prévoit en effet elle aussi une exploration humaine de l’espace lointain, en témoigne le récent accord avec la Russie prévoyant la construction d’une base de recherche sur la Lune ou encore l’intention de proposer une première mission habitée sur Mars dès 2033.

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Illustration de nouvelle station chinoise entièrement assemblée. Crédits : CNSA

Favoriser la collaboration

L’impact que pourrait avoir le programme spatial chinois sur les objectifs d’exploration spatiale des États-Unis est encore incertain. Toutefois, certains experts suggèrent qu’il serait peut-être temps pour les États-Unis de chercher un terrain d’entente.

Pour l’heure, une telle collaboration paraît impossible, notamment en vertu de l’amendement Wolf (initié par Frank Wolf, sénateur de Virginie), intégré à une loi signée en 2011, interdisant à la NASA d’utiliser des fonds fédéraux pour s’engager dans une coopération bilatérale directe avec le gouvernement chinois. Mais les règles devraient-elles être assouplies ?

John Logsdon, de la Elliott School of International Affairs de l’Université George Washington, le pense. Comme l’explique le chercheur à Scientific Amercian, les États-Unis devraient commencer par s’appuyer sur les canaux diplomatiques et scientifiques pour tâter le terrain en vue d’une éventuelle collaboration dans l’espace.

Une telle entente entre deux pays “ennemis” ne serait pas nouvelle. Il y a plusieurs décennies, en partie à cause de leur énorme arsenal nucléaire et de la menace associée de destruction mutuellement assurée, les États-Unis et l’URSS ont finalement atteint une impasse qui s’est étendue dans l’espace où régnait la coopération plutôt que la concurrence. L’ISS, construite conjointement et en permanence occupée pendant plus de deux décennies par des astronautes et des cosmonautes, en est le parfait exemple.

À petits pas

Collaborer pourrait être bénéfique tant pour les États-Unis que pour la Chine. Un exemple d’entente entre les deux pays pourrait par exemple impliquer le partage de certains échantillons de la mission lunaire Chang’e-5. Tant que les chercheurs américains n’utilisent aucun fonds de la NASA et séparent les projets universitaires financés par la NASA de tous les projets liés à la Chine, rien ne leur interdit de demander, de recevoir et d’analyser de tels échantillons.

De même, l’initiative de retour d’échantillons martiens de la Chine, récemment présentée par le pays, est une autre perspective d’avenir. Si l’on en croit les calendriers, ces échantillons reviendraient sur Terre à peu près au même moment que ceux mis de côté par le rover Perseverance. Un partage mutuel de roches pourrait donc être envisagé.

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Image prise par Perseverance le 9 mars 2021 (Sol 18) à l’heure solaire moyenne locale de 17:08:49. Crédits : NASA / JPL-Caltech

Quoi qu’il en soit, ce sera aux États-Unis de faire le premier pas. Et pour cause, si la Chine semble faire cavalière seule depuis plusieurs années, c’est justement à cause des Américains. Et il y a fort à parier que la Chine, qui a besoin de reconnaissance sur la scène internationale, n’hésiterait pas à saisir cette perche tendue. Cependant, elle pourrait faire sans. Comme le souligne à SA Jim Head, de l’Université Brown : “Si nous nous asseyons et enfouissons nos têtes dans le sable et ne faisons rien nous-mêmes, ils continueront. Ils ne nous attendront pas“.