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Pour survivre, ces éponges digèrent les restes de vieux cadavres

Crédits : Alfred-Wegener-Institut

Sur une montagne sous-marine de l’océan Arctique vit une communauté de milliers d’éponges au secret macabre. Dans cet environnement très pauvre en nutriments, ces dernières survivent en effet depuis plusieurs siècles en digérant les restes d’animaux morts depuis longtemps.

Au fond de certaines parties océaniques, les nutriments se font très rares. Pour survivre, certains organismes se regroupent souvent autour des évents hydrothermaux qui fournissent de la chaleur et de la nourriture. D’autres profitent également de forts courants susceptibles de transporter de quoi se nourrir. Au fond de l’océan Arctique central, sur les sommets volcaniques de la crête de Langseth, l’activité volcanique a malheureusement cessé il y a des milliers d’années. Les courants se font également très rares. Comment survivre alors dans ces conditions ?

A priori, nous pourrions nous attendre à ce que la vie ait été « voir ailleurs ». Lors d’une récente expédition, des chercheurs ont cependant découvert des communautés de milliers d’éponges couvrant une superficie de quinze kilomètres carrés à des profondeurs de 500 à 600 mètres, où les températures oscillent juste au-dessus du point de congélation. Visiblement, il fait donc bon vivre dans la région.

« Non seulement il y avait des milliers d’éponges regroupées sur les sommets des monts sous-marins, mais beaucoup d’entre elles étaient devenues assez grandes, atteignant jusqu’à un mètre de diamètre, souligne Teresa Morganti, du Max Planck Institute de Brême (Allemagne). Et de nombreuses éponges se reproduisaient activement« . Mais comment une telle communauté a-t-elle pu survivre dans cette région ?

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Crédits : Alfred-Wegener-Institut

En filtrant les restes de cadavres

Dans le cadre de leur expédition, les scientifiques ont utilisé un réseau de caméras pour prendre des images. Ils ont également prélevé des échantillons d’éponges et de leur environnement au moyen d’un robot de plongée télécommandé.

Sous les éponges, dont certaines étaient âgées de plus de 300 ans, les chercheurs ont alors identifié des composés dissous provenant d’un « cimetière » de vers tubicoles et de bivalves disparus depuis 2000 à 3000 ans, lorsque l’activité volcanique a cessé dans la région.

Ces composés, les éponges les digèrent en s’aidant de bactéries symbiotiques (Phylum Chloroflexi). Ces dernières ont en effet probablement joué un rôle dans la dégradation des organismes fossilisés et dans la libération de matière organique dissoute, permettant aux éponges de filtrer ensuite leurs nutriments.

Si des milliers de ces éponges sont présentes sur place depuis plusieurs siècles, leur réserve de nourriture risque-t-elle de s’épuiser un jour ? Probablement pas, car les éponges ont un taux métabolique exceptionnellement lent.

En revanche, le changement climatique pourrait introduire des menaces plus immédiates. Si la surface de la mer au-dessus de la crête de Langseth est généralement recouverte d’une couche de glace, celle-ci pourrait venir à fondre dans quelques décennies. En milieu ouvert, davantage de particules nutritives pourraient alors dériver pour finalement atteindre le mont sous-marin, attirant alors d’autres espèces marines capables de perturber l’habitat des éponges.