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L’épave de l’USS Bear, le voilier aux « mille vies », enfin localisée

Crédits : Garde côtière américaine

Une équipe d’océanographes annonce avoir localisé l’épave du US Revenue Cutter Bear. Ce navire américain, qui a servi en mer pendant au moins 88 ans, a joué un rôle déterminant dans la célèbre capture d’un navire-espion nazi, entre autres « vies ».

Une carrière exceptionnelle

Le Bear fut construit en Écosse en 1874, à la base pour chasser le phoque, ce à quoi il a servi pendant dix ans au large de Terre-Neuve. Il fut ensuite racheté par le gouvernement américain dans les années 1880 pour ses qualités de « briseur de glace » dans l’Arctique. L’un de ses exploits les plus remarquables fut sa participation en 1884 à l’opération de sauvetage de l’expédition Greely, perdue en 1881 près de l’île d’Ellesmere, au nord-ouest du Groenland. Plusieurs membres de l’expédition étaient morts de faim et de maladie avant que Le Bear ne récupère les survivants.

Le Bear patrouilla ensuite autour de l’Alaska, participa aux secours après le grand tremblement de terre de San Francisco en 1906, servit pendant la Première Guerre mondiale, avant de livrer des fournitures pendant la pandémie de grippe espagnole. En 1929, le navire désarmé fut proposé à la ville d’Oakland, en Californie, où il devint un musée flottant, puis un plateau de tournage pour le film de 1930 « The Sea-Wolf », une adaptation d’un roman de Jack London.

L’Ours fut ensuite remis en service pour des patrouilles dans l’Arctique pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s’illustra alors en 1941 en participant à la capture du chalutier norvégien Buskø, utilisé à l’époque par le service de renseignement militaire allemand Abwehr pour signaler les conditions météorologiques dans l’Atlantique Nord.

Le Bear fut de nouveau désarmé en 1944, puis amarré à Halifax, en Nouvelle-Écosse (province du Canada). Il coula finalement après une tempête en 1963, quelque part au sud de la Nouvelle-Écosse et à l’est de Boston, alors qu’il était remorqué vers Philadelphie.

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L’USS Bear (AG-29) vers 1939. Crédits : US Navy

L’épave enfin localisée

Depuis la fin des années 1970, plusieurs projets de recherche ont tenté en vain de localiser l’épave. Plus récemment, les garde-côtes américains et la NOAA ont de nouveau uni leurs forces pour entamer d’autres recherches en 2019. Passant au crible plus 160 kilomètres carrés de fond marin avec un sonar, les chercheurs ont alors identifié deux structures immergées. En septembre dernier, les garde-côtes sont finalement revenus avec un véhicule télécommandé (ROV), confirmant que la plus importante de ces deux structures était bien l’épave du Bear.

Si la coque en bois vieillissante du navire a visiblement été endommagée par les filets des chalutiers et les courants forts, les chercheurs ont pu identifier plusieurs caractéristiques distinctives. Parmi elles, sa proue renforcée pour permettre au navire de naviguer dans les eaux polaires.

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Un scan de l’épave. Crédits : NOAA/ONMS
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Une image de l’épave prise par un véhicule télécommandé. Crédits : NOAA/MITech

L’épave reposerait à une profondeur d’environ soixante mètres, à environ 167 km au sud du cap Sable en Nouvelle-Écosse. Son emplacement exact est gardé confidentiel. Les partenaires de recherche discutent actuellement avec le gouvernement canadien de la façon dont l’épave pourrait être protégée.